FORUM DES ENFANTS A MECHEDALLA
Jamais les enfants de Tiaret, de Sougueur ou de Blida n’avaient entendu parler de Mechedalla, Raffour, Chorfa ou Ait Mansour. Grâce à la fête de l’enfance, organisée les 20 et 21 juin à Chorfa, ils ont appris à connaître les filles et les garçons de cette commune, à chanter avec eux, à écouter avec eux les mêmes contes, à échanger et dialoguer avec eux, à connaître leurs problèmes ; d’ailleurs, pas si éloignés des leurs.
Ensemble, à Chorfa, le 21 au soir, ils se sont rendus au Café de Ammi Saïd, un ancien moudjahid, pour l’ouverture populaire de la Fête. Situé tout en bas du village, le café était une sorte de jardin public. Il convenait pleinement aux visées des organisateurs, refusant de confiner cette cérémonie dans une salle à laquelle d’autres enfants n’auraient pas accès. Ils étaient soucieux de l’ouvrir à toute la population.
Une cérémonie d’ouverture populaire…
Les membres de l’association Djawhara de Blida, déguisés en clowns pour la circonstance, et emmenés par l’infatigable Idir, devenu la coqueluche de tout Mechedalla, l’espace de deux jours, ont donné un spectacle haut en couleurs qui a drainé tout le village. Surtout les enfants, qui, parait-il, n’avaient vu un clown, qu’une seule fois, dans leur vie ; et encore, pas tous, car leur école avait fait payé 200 da, de droit d’entrée.
Des prises de parole courtes et symboliques pour expliquer, tour à tour, ce que pouvait être une association de défense et de promotion des droits de l’enfant.
Les jeunes, nombreux, ne manquèrent pas de poser les questions qui se bousculaient : Quels ont vos objectifs ? Votre programme d’activités ? Qu’est-ce que vous avez fait ? Comment adhérer ? « Oui ! C’est vous qui devez poursuivre ce qui vient d’être fait aujourd’hui pour les enfants de Chorfa, d’abord en vous organisant et en vous rassemblant, puis en marchant pour faire avancer et changer les choses »
Le défilé, la surprise et le mouvement
Puis, ce fut le défilé à travers le village. Les ruelles poudreuses et mal entretenues, montaient vers les quelques immeubles, perchés sur les collines qui dominaient la nationale 5.
Les organisateurs, Hamid Challal, en tête, essayaient de canaliser le flot joyeux des enfants pour une fois sur le devant de la scène de leur village.
Les gens étonnés, amusés, interrogatifs et sourire aux lèvres, saluaient cette marée d’enfants qui montaient vers eux. Une retenue ancestrale semblait les empêcher d’extérioriser plus avant leur surprise et leur contentement. « Enfin, nos enfants ne sont pas oubliés », semblaient ils dire des yeux.
Quelques uns prenaient des photos avec leurs portables. Les enfants voulaient immortaliser l’événement en demandant à un parent, ou à un « grand frère », de les photographier avec Idir, Meriem, Malika, Mohi aux grandes lunettes vertes, Jaber ou Hami, au nez inénarrable.
Il faut dire qu’ Assia, Vice Présidente de l’Anadde et Présidente de Djawhara, avait fait des merveilles, en coupant et en cousant ces délirants costumes. La perruque d’Idir et ses gants blancs, ses poses et ses mimiques, faisaient grande impression. Tout le monde voulait sa photo avec lui. Mohi avec sa voix de stentor lançait des mots d’ordre, et les enfants survoltés, lui répondaient à tue tête, gesticulant et les bras au ciel. Une incroyable énergie se dégageait de cette foule en mouvement, en cris et en chansons.
« Comme ils sont beaux nos enfants », me glissa l’un des organisateurs, la larme à l’œil, chantant, lui aussi, le refrain du jour, devenu par la force des choses, l’hymne de l’Anadde : «
Haddha el mektoub hououa elli… lakana,…
Haddha el mektoub houa elli jamâana ».
Le cortège se dirigea vers le CEM qui recevait les enfants pour le dîner était organisé. Tout le monde voulait entrer ; malheureusement il n’y avait pas de place pour tous et cela a failli provoquer des incidents.
Le lendemain : Forum des enfants
Les enfants de Tiaret étaient venus avec leur propre véhicule ; les APC de Chorfa, Raffour et Ait Mansour prêtent aux organisateurs leurs cars. Ce qui facilita l’ascension vers Tikjda, pour une excursion – forum des enfants, une belle trouvaille du Comité d’organisation. Visite rapide du centre national des sports, et tout le monde s’installe sous les grands cèdres pour le Forum. Chaque délégation fait l’inventaire de ses problèmes et avance ses propositions. Le débat est chaud ; et les animateurs ont beaucoup de difficulté à canaliser les intervenant(e)s qui fusent sur tous les points : la famille, l’éducation, la rue, le travail des enfants, la santé, la culture et les loisirs, l’éducation physique et le sport, l’environnement.
Puis déjeuner frugal à l’ombre des arbres ; enfin l’assemblée se réunit pour écouter les rapports de chaque village. Wassila Taibi dirige les débats comme elle l’a fait à Tiaret.
Les propositions écrites seront réunies en un livre blanc qui sera présenté par les enfants de Mechedalla, au Wali de Bouira, comme cela a été fait à Tiaret. Il faut signaler que le wali de Bouira a déjà chargé les Directeurs de l’Education, de la Jeunesse et des Sports et des Affaires Sociales d’étudier le document portant mise en place du Parlement des enfants de la wilaya de Bouira.
Escale à Raffour
Farouja, l’enfant du village, aujourd’hui mère de famille, voulait que nous fassions une halte à Raffour, au retour de Tikjda. Une sorte de halte débat avec les habitants, comme nous l’avions fait, la veille, à Chorfa. Nous nous sommes rendus sur la place du village où les habitants ont construit la Tajmâat, l’assemblée du village, sur leurs propres deniers. Ammi Ali était fier de nous la montrer, ainsi que la polyclinique qui y était adossée :
« Tout a été fait par le peuple et avec l’argent du peuple, l’Etat ne nous pas aidé…si vous nous avions prévenu, nous vous aurions mieux accueilli, nous aurions collé des affiches et tout Raffour aurait été sur la place. »
Mais, même sans affiches, une grande partie des habitants se pressait vers la place, surtout des jeunes et des enfants. Le patron d’un magasin audio et télévision, vint nous demander si nous avions besoin d’un micro ; aussitôt dit, aussitôt fait ! Merci Si Noureddine.
Idir et Farouja se retrouvèrent avec un micro en main, pour expliquer ce que nous étions venus faire dans le coin. Avec l’arrivée des clowns, ce fut le délire. Les enfants assistèrent à la fable des animaux préparée par le « théâtre pour enfants » de Djawhara. Ils rirent beaucoup, tout comme les adultes qui passaient par là. Un petit moment de joie, fugace, mais réel ! Une bouffée d’air frais venait d’entrer dans ce village.
Revenez !
« Il faudra revenir ne cessait de répéter Ammi Ali, le sage du village…il y a beaucoup d’enfants ici, mais on ne fait pas grand-chose pour eux…espérons qu’avec ce que vous faites, les choses vont un peu bouger ! »
Il fut décidé que les jeunes et d’autres seniors intéressés, allaient aider Farouja à monter une section Anadde à Raffour. Ammi Ali promit de les aider de son mieux. Sûr qu’avec la ténacité de Farouja, le soutien de Ammi Ali et l’engagement des jeunes, la section verra le jour d’ici la prochaine rentrée scolaire. Comme celles de Chorfa et d’Ait Mansour.
Hamid Challal, Délégué Anadde pour la wilaya de Bouira, en a fait un défi.
A la rentrée donc, pour les premiers pas du Parlement des enfants !