�LE REGARD DE MOHAMED BENCHICOU
Le mensonge, �a suffit !
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Zidane sauvera-t-il l�image de Bouteflika ? Il semble bien que cela soit trop tard. Autant qu�on ait pu le constater, de l�Espagne � Beyrouth o� la conf�rence de l�Association mondiale des journaux a vertement critiqu� la r�pression que subissent les journalistes en Alg�rie, le pr�sident alg�rien a fini par renvoyer de lui un profil plus proche de Ben Ali ou de Bongo que de De Gaulle ou de Jefferson, c'est-�-dire qu�il sera, en d�pit de ses efforts, un personnage qui laissera un d�testable souvenir pour sa post�rit�.
Mais le paradoxe est ailleurs : pourquoi sommes-nous si nombreux, opposants, journalistes, intellectuels, citoyens � accompagner un homme, obs�d� par son nombril, dans cette vulgaire entreprise du trompe-l'�il et de l�esbroufe qui se pratique aux d�pens du pays ? Oui, pourquoi sommes-nous si nombreux � faire semblant, si nombreux � relayer l�intoxication de l�opinion, pourquoi diable sommes-nous si nombreux � nous taire devant les mystifications assassines qui s��laborent pour de basses op�rations de marketing politique mais qui s�ajouteront, in�vitablement, au poids du passif que les futures g�n�rations auront � supporter ? Pourquoi r�p�tons-nous, comme de path�tiques perroquets, et � l�envi, que l�Alg�rie en a fini avec le terrorisme quand des citoyens et m�me des �trangers se font encore assassiner dans des zones dites s�curis�es aux portes d�Alger, oui pourquoi avan�ons-nous que le pr�sident Bouteflika est d�cid� � combattre la corruption quand ses amis les plus proches, de Chekib Khelil � Bouricha, d�fient toujours la justice ? Combien sommes-nous � applaudir la prochaine mascarade, �Alger capitale de la culture arabe� dans une ville qui ne compte pas un seul th��tre, pas plus de deux ou trois cin�mas et que Mme Toumi a maintenue aussi �loign�e de la culture que la banquise l�est du Hoggar ? Et puis, pour partager l�anxi�t� de notre confr�re du Jour d�Alg�rie, o� cacher nos SDF dans �Alger capitale de la culture arabe� ? Jamais dans l�histoire du pays la frime et la menterie ne se sont �rig�es � ce point en mode de gouvernance. Il est jusqu�� Farouk Ksentini, pr�sident de la myst�rieuse Commission nationale consultative de d�fense et de promotion des droits de l�homme, pour nous annoncer solennellement, et sans rire, que le prochain rapport sur les droits de l�homme demand� par Bouteflika soul�vera les cas d�atteinte � la libert� de la presse et la menace persistante sur l�exercice du droit syndical. On croirait r�ver ! Mais qui donc autre que le pr�sident et son cercle planifient et pratiquent, dans une d�marche strat�gique d��limination des contre-pouvoirs, la r�pression des journalistes et des syndicats autonomes ? Somm� de refouler sa d�tresse au profit de l�ego de son pr�sident, l�Alg�rien regarde, impuissant, les professionnels du subterfuge maquiller la triste r�alit� nationale ou r��crire le pass� r�cent � l�avantage de Bouteflika, sans qu�aucun contre-discours vienne enrayer la machine de la propagande. Il ne s�agit pas, ici, de faire le proc�s de l�indiff�rence. Rien ne nous y autorise. Il s�agirait plut�t de d�noncer cette esp�ce de connivence ordinaire qui s��tablit g�n�ralement entre un pouvoir suborneur et une �lite int�ress�e, qui croit subtil de se r�fugier dans l�art du possible ou dans une forme f�conde de d�sabusement mais qui, � son insu, participe � la mise en place d�une politique de r�gression nationale qu�elle aura soutenue ou prot�g�e par son silence. Le r�gime alg�rien, d�cadent et corrompu, angoiss� par sa propre survie, �rige le mensonge en strat�gie nationale. De tout temps, certes, les autocraties ont donn� d�elles, � l�ext�rieur, une image aseptis�e et artificielle en totale contradiction avec leur mauvaise gouvernance. Mais ce mensonge d�Etat a un co�t terrible : le pourrissement, l�acc�l�ration du d�clin national. Le pouvoir de Bouteflika ment sur le terrorisme. R�sultat : des Alg�riens se font toujours tuer, mais dans l�anonymat, et le pays, d�poss�d� de sa vigilance, accro�t son isolement. Le pouvoir de Bouteflika ment sur la corruption. R�sultat : les banques sont saign�es � blanc mais dans la convivialit�. Le pouvoir de Bouteflika ment sur le ch�mage. R�sultat : le fl�au prend des proportions alarmantes puisque, faute d�emploi, les jeunes sont de plus en plus nombreux � succomber � la drogue ou au suicide, les plus chanceux r�ussissant � �migrer clandestinement. Apr�s 8 ann�es de r�gne, le pr�sident a gard� le pays dans une stagnation � ce point pr�occupante que luim�me a fini par s�en inqui�ter, si on en croit son cri d�chirant lanc� samedi dernier devant les walis : �Nous n�avons pas de quoi assurer l�avenir des prochaines g�n�rations !� ( El Moudjahid du 10 d�cembre). Mais qu�entreprendra-t-il pour amorcer un sursaut national ? Rien. A une �poque o� le progr�s est li� aux libert�s, le r�gime alg�rien, apeur� par sa propre soci�t�, pr�f�re continuer de museler les forces vives du pays, quitte � l�enfoncer davantage dans la r�gression, plut�t que de lib�rer les �nergies extraordinaires que rec�le notre patrie. Pour mentir sans risque d��tre contredit, il a besoin de monopoliser les canaux de communication et interdire l�expression libre. Il plombe, ce faisant, l�Alg�rie dans un archa�sme fatal. Quand M. Djiar, le nouveau ministre de la Communication, r�p�te, cette semaine encore, qu�il n�y aura pas pour le moment d�ouverture de l�audiovisuel, il donne de lui la grotesque image d�un zoulou, t�tu, s�obstinant � affronter les chars d�assaut avec sa lance ! Deux nouvelles cha�nes de t�l�vision �trang�res, Medi Sat et 24 Heures, s�emparent d�j�, depuis quinze jours, du march� alg�rien en y distillant leur propre fa�on de voir le monde ! Les capitaux fran�ais et marocains ont �ouvert� l�audiovisuel alg�rien � leur mani�re, M. Djiar, et vous en �tes encore � interdire cette m�me initiative aux Alg�riens ! Rester aux commandes dans la pr�histoire plut�t que vivre la d�mocratie dans l�avenir. Au temps o� il se permettait encore un franc-parler, le chef du RCD Sa�d Sadi a laiss� cette formule perspicace : �On ne peut pas sauver � la fois le syst�me et l�Alg�rie.� Alors oui, il faut choisir : le destin du pays ou celui d�un homme, d�un r�gime finissant, de clans qui puisent dans nos na�vet�s et nos obs�quiosit�s l��lixir qui les fait durer � la t�te d�un pays �puis�. Alors oui, bienvenue � Zidane dans le pays natal de ses parents, mais finissons-en avec les passements de jambes !
M. B.