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Les impasses du libre echange par Hamid Ait Amara

 

Les impasses du libre echange

H. A�t Amara

Economiste

La formation de surplus financiers depuis 2003, qui ne trouvent pas d�emploi productif, pose d�sormais la question de l�utilisation des recettes d�hydrocarbures. Que faire de l�argent du p�trole, propose au d�bat, le Journal El Wattan. Ces derni�res d�cennies n�ont pas �t� mises � profit pour r�duire la d�pendance de l�Etat et de la soci�t� vis-�-vis des exportations de p�trole et de gaz�; l�apr�s p�trole toujours �voqu�, jamais r�alis� depuis les ann�es 1970. Voil� 35 ans que cette promesse est faite par le pouvoir. Le bilan de l�ouverture, de la nouvelle politique �conomique est loin d��tre probant. La structure productive s�est encore d�grad�e, avec un recul de la production industrielle et agricole dans la valeur ajout�e totale et l�accroissement du poids des hydrocarbures. Les �quilibres ext�rieurs ne reposent que sur les exportations de p�trole et de gaz. L��conomie est en panne. Qu�est ce qui nous rend impropre � relancer l�investissement productif, � sortir de l�impasse actuelle�?.

1- Une �conomie en panne

Les surplus financiers produits actuellement font craindre le gaspillage des ressources en importations de voiture, biens de consommation, placements financiers � l��tranger, en train de vie excessif de l�Etat � au lieu de l�investissement en capacit� permanente de cr�ation de richesses pour assurer aux g�n�rations futures les moyens d�une existence digne et libre. Constamment affich�e l�id�e de l�apr�s p�trole est renvoy�e � plus tard. Le chemin parcouru depuis 40 ans n�incite pas � l�optimisme. La d�pendance de l��conomie, de l�Etat et de la soci�t� � l��gard des hydrocarbures est croissante, elle atteint d�sormais un niveau record�: 98,3 % des recettes d�exportation, 76 % des ressources budg�taires, 45 % du PIB. A la fin des ann�es 1960, les hydrocarbures ne fournissaient que 40 % de nos exportations. Les exportations hors hydrocarbures ne couvrent pas la moiti� de nos importations de nourriture. En clair, sans le p�trole, l�Alg�rie serait expos�e � des restrictions alimentaires insupportables, voire � une famine d�vastatrice comme celle qu�a connu l�Irlande en 1848.En 1992, 1993 et 1994 nous avons du emprunter pour acheter de la nourriture, nous avons mang� � cr�dit�!��

Le futur est donc des plus sombre si nous n�arrivons pas � mettre en place durant les d�cennies � venir, et nous ne l�avons pas fait jusque l�, une production exportable de substitution aux hydrocarbures pour r�gler en devises nos importations vitales.

L�Arabie des saoudes, premier producteur mondial d�hydrocarbures, 10 millions de barils jour, d�pend moins que nous de son p�trole�: 35 % du PIB seulement, 90 % de ses exportations pour 98,3 % pour nous.

Nous accumulons depuis 2003 des exc�dents courants importants, des r�serves de change, des �conomies de recettes dans le fonds de r�gulation des recettes de l�Etat, quelque 30 milliards de dollars, 30 % en PIB. L��pargne brute a atteint le niveau record de 51 % du PIB apr�s 27 � 30 % jusqu�en 1999, 45 % en 2000. Pour certains, ce sont l� des motifs de satisfaction bruyante, pour d�autres, signes importants d�inertie, tous les sympt�mes d�une �conomie en panne. Il ne s�agit �videmment pas de rejeter une �pargne de pr�caution. Si le surplus financier augmente au-del� du n�cessaire, c�est que nous n�investissons pas suffisamment, notamment dans la production industrielle, la part de celle-ci dans le PIB a �t� divis�e par trois de 1980 (18 %) � 2005 (6,5 %). La formation brute de capital fixe (F.BCF.), c�est � dire l�investissement, de l�ordre de 22 % � 24 % du PIB, comme en Tunisie et au Maroc, dont les comptes ext�rieurs sont au rouge, est tr�s en-de�� de ce qu�il faut pour cr�er des emplois et de nouvelles richesses. Faut-il rappeler que dans les ann�es 1970 et 1980, le taux brut d�investissement �tait en moyenne de l�ordre de 35 %.����

Par ailleurs, on ne sait rien du contenu de cette formation brute de capital fixe, de sa r�partition par secteur institutionnel�: administrations publiques, m�nages (l�acquisition de logements est consid�r�e comme un investissement) entreprises, qui investit et dans quoi, avec quels r�sultats. La structure productive de l��conomie t�moigne d�une remarquable stagnation. Depuis les ann�es 1980, la part de l�industrie et de l�agriculture recule, celle des hydrocarbures progresse. Qu�est-ce qui nous rend impropre � relancer l�investissement productif, � sortir de l�impasse actuelle�?.

Poser une telle question est incongru, politiquement incorrect, tant les dogmes du lib�ralisme sont devenus intangibles, v�rit� incontournable. L�ouverture signifie ��Libre �change��, libre circulation des capitaux, des biens et des services, concurrence sur les march�s, retrait de l�Etat de la sph�re productive.

Il existe, bien entendu, d�autres types d�ouverture sur l��conomieinternationale que le sch�ma offert par le libre �change, il ne s�agit pas de contester l�utilit� du commerce entre les pays, mais l�id�e d�fendue par Bush selon laquelle ��quand un bien ou un service sont produits � un prix plus bas dans un autre pays, il est normal de l�importer plut�t que le produire sur place�� et les emp�cheurs de tourner en rond d�ajouter ��L�externalisation est rentable�: chaque consommateur profite de la baisse des prix, y compris celui qui a perdu son emploi��.

Aucun pays ne s�est d�velopp� selon le sch�ma libre-�changiste, l�Am�rique moins que tout autre pays. Elle menace aujourd�hui la Chine de taxer ses exportations � hauteur de 25,5 %, si elle ne r��value pas sa monnaie. L�union europ�enne vient d��tablir un droit de douane de 15 � 20 % sur l�importation de chaussures en provenance de Chine et du Vietnam. Tous les pays industrialis�s ont construit leurs avantages comp�titifs � l�abri de solides barri�res douani�res, de soutiens publics, voire de menaces �conomiques et d�interventions militaires. Au XVIII et XIX, l�Angleterre n�h�sitait pas � envoyer ses canonni�res pour s�ouvrir les march�s. ��Que les marchandises soient de fabrication nationale chaque fois que c�est possible et commode�� �crivait Keynes, et Fran�ois Perroux d�ajouter ��Chaque peuple a le droit national et le devoir de fabriquer les marchandises dont il a besoin��, c�est ce droit que le libre �change, l�ouverture, entend nous contester�!.

Le bilan 1995-2005 de ce type d�ouverture est loin d��tre probant. La concurrence sauvage que livre les importations � la production domestique a d�courag� l�investissement local. Il est bien plus profitable d�importer que de produire. Pour autant l�investissement �tranger se fait attendre. En mati�re d�IDE hors hydrocarbures, c�est l�Egypte qui est le principal investisseur devant la France et l�Italie (cf. examen de la politique de l�investissement Alg�rie N.U. Gen�ve 2004). Malgr� les d�boires des ann�es 1980-1990, notre seule strat�gie �conomique consiste � maximiser les recettes d�hydrocarbures.

Davantage, les d�pendes de l�Etat dans les infrastructures, sous la rubrique ��appui � la croissance�� n�exercent aucun effet d�entra�nement sur le reste de l�activit�. Le recul industriel se poursuit dans toutes les branches. Enfin, nous n�avons pas r�ussi � �tablir un v�ritable partenariat avec les pays du Nord de la m�diterran�e avec lesquels nous sommes pourtant li�s par des accords de coop�ration. Nous ne sommes pour eux que de simples d�bouch�s, un march� pour leurs exportations.

2- R�habiliter l�entreprise

Avoir de l�argent ne suffit pas pour construire une capacit� � cr�er des richesses, � fournir de l�emploi, il faut des entreprises, capables de r�aliser les programmes d�investissement, de combiner capital et travail dans un processus de production. Ce dont l��conomie souffre le plus est le manque d�entreprises. Leur nombre et leur taille se r�duit de plus en plus. La fermeture des entreprises publiques a �t� sans doute la plus grave erreur �conomique commise ces derni�res ann�es.

Pour certains, nous pouvons remplacer les entreprises d�faillantes par les entreprises �trang�res plus efficaces, leur confier la r�alisation et la gestion des infrastructures, des services, banques, t�l�communication, distribution de l�eau, l��lectricit�. Il y a semble-t-il une libert� totale pour le capital �tranger, la possibilit� de prendre le contr�le majoritaire d�entreprises publiques, de cr�er des filiales � 100 % dans n�importe quel secteur d�activit�.

����������� La propension � tout confier aux entreprises �trang�res a n�cessairement des limites, des cons�quences sur l��volution des comptes courants � plus ou moins long terme. La question des transferts de profits ne peut donc �tre �lud�e ou trait�e superficiellement au motif que l�on peut toujours tirer sur le p�trole pour le r�glement en devises de nos paiements ext�rieurs. Les mises en garde de la CNUCED (ONU) � ce sujet se font plus pressante. Le fait que les I.D.F soient devenus la principale source de financement ext�rieur pour les pays en d�veloppement, l�aide publique au d�veloppement a chut� de moiti� de 1991 � 2000 passant de 60 milliards de dollars � 38,6 milliards de dollars. (1991-2000), fait craindre le retour � des situations comparables � celles de l�endettement.

����������� Les sommes rapatri�es par les groupes transnationaux sont consid�rables. Pour l�ann�e 2005 les entreprises am�ricaines dans le monde ont rapatri� 350 milliards de dollars de profits r�alis�s � l��tranger. En t�te Pfizer avec 36,9 milliards de dollars, mais �galement Pepsi-cola 7,5 milliards de dollars, Coca-cola 6,5 milliards de dollars. Pour l�Alg�rie les transferts de profits pour 2005 se sont �lev�s � 4,590 milliards de dollars selon les m�mes sources (cit�es par A. Benbitour) le montant des b�n�fices rapatri�s devrait �tre de quelque 10 milliards de dollars en 2007. En Chine qui re�oit chaque ann�e 50 fois plus d�IDE que l�Alg�rie et dont le stock de capital �tranger doit multiplier le notre par 100 au moins, les profits rapatri�s par les firmes �trang�res se sont �lev�s pour la p�riode 2001/2005 � 50 milliards de dollars soit � 10 milliards de dollars par an, montant � rapporter au seul exc�dent commercial avec les USA de 250 milliards de dollars pour 2005. Le faiblemontant des profits, rapatri�s en Chine s�explique, en partie, par le r�investissement des b�n�fices en territoire Chinois. (Agence Chine nouvelle).

����������� Bien �videmment cela ne signifie pas qu�il faut �carter le capital �tranger, sa participation peut s�av�rer utile au d�veloppement dans la mesure ou l�on pr�cise ce l�on attend de lui, qu�il est int�gr� dans une strat�gie claire de d�veloppement d�activit�s comme c�est le cas en Chine, en Inde ou en Chili ou le capital �tranger est fortement encadr�.

L�association d�entreprises ��joint-Venture�� sans entr�e d�int�r�ts �trangers dans le capital de la soci�t� � capitaux nationaux, association visant un projet industriel �.. comportant les obligations d�assistance technique est largement privil�gi�e par de nombreux pays. Chez nous le capital �tranger semble rechercher le contr�le ou la participation majoritaire au capital d�entreprises d�j� existantes. Les cr�ations nouvelles d�entreprise sont rares. L�ONU demande d��tre attentif aux formes de p�n�tration du capital pas toutes profitables aux pays qui les accueillent, d�en �valuer l�impact positif et n�gatif.

3- Le financement public

Revitaliser et cr�er de nouvelles entreprises appellent � revoir les conditions de financement des entreprises. Les conditions de financement mises en place dans les ann�es 1970 et 1980 sont la cause des �checs et des difficult�s de la plupart des entreprises publiques. Elles ont fonctionn� dans ce que l�on pourrait appeler l��conomie d�endettement. Les entreprises sont structurellement endett�es aupr�s du syst�me bancaire, tout comme lesyst�me bancaire est structurellement endett� aupr�s de l�institut d�mission. Il s�agit donc de doter les entreprises de structures financi�res qui leur permettent de ne faire appel au financement bancaire que dans des limites soutenables.

En 1948 en France, comme en Allemagne, en Italie, est lanc� le 1er grand programme d�industrialisation�: chantier naval, sid�rurgie, �nergie, transport, communication, a�ronautique �, sur financement public. Le march� financier ne pouvait pas financer le plan�; le relais du financement public par le march� n�interviendra que plus tard. ��Si l�Etat ne finance pas le d�veloppement, qui le financera�?�� disait J. Monnet, le p�re du 1er plan fran�ais. L�effort industriel public se poursuivra jusque 1958 avec Guillaumet, ministre du g�n�ral Degaulle. C�est � cette �poque que sera �labor� le plan de Constantine et r�alis� le projet sid�rurgique d�EL HADJAR.��������

Nous devrons tirer les enseignements de l�exp�rience des soci�t�s nationales pour cr�er de nouvelles entreprises plus efficaces et renforcer celles qui existent. Pas d�abandon, de dissolution, sous pr�texte que les unit�s de production sont obsol�tes ou inefficaces.L�entreprise n�est pas seulement un ensemble de biens physiques et de structures financi�res, c�est �galement et surtout un capital humain, une source d�exp�riences, de savoir faire collectif et de comp�tences individuelles. La dissolution d�entreprises, qui dispersent les collectifs, expatrient les meilleurs cadres, est une perte s�che pour l��conomie non, un gain. Pour citer le sociologue Max Weber ��Le probl�me majeur de l�extension du capitalisme n�est pas celui du capital, mais celui du d�veloppement de l�esprit capitaliste��. En d�autres termes, les hommes, leur formation, leur culture, comptent plus que le capital.

Nous rejoignons �videmment la question fondamentale du syst�me d�enseignement/ formation/recherche. Le red�ploiement des entreprises n�est possible qu�accompagn� de la formation des personnels qualifi�s et de la progression des savoirs, que si l��cole cesse d��tre un espace d�investissement id�ologique pour le pouvoir, un instrument de conqu�te identitaire pour les forces conservatrices. Le march� domestique existe, il peut s��largir, les capitaux sont disponibles, les capacit�s techniques form�es et/ou � acqu�rir � l��tranger, alors qu�attendons-nous�?. Vous-voulez recommencer ce que nous avons entrepris dans les ann�es 1970 me diriez-vous�? Oui, mais cette fois, et ce n��tait pas le cas dans les ann�es 1970, nous avons les ressources pour soutenir nos ambitions sur le long terme, le retournement du march� p�trolier aidant. Mais en avons-nous la volont� politique�?.

 
  Paru le : 11-10-2006 Auteur : | Source :

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