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| S�nateur et syndicaliste ? par Abdou B. |
Sénateur et syndicaliste ?
par Abdou B.
«Quand dans un royaume, il y a plus d'avantage à faire sa cour qu'à faire son devoir, tout est perdu».
Montesquieu
La bakbouka locale n'offusque même plus des journaux et des journalistes éclairés. Elle est parfaitement socialisée et intégrée dans des codes laborieusement lubrifiés par des hommes de l'ombre sans aucune intelligence et dont les neurones sont désespérément bloqués dans le «tout est dans tout», dans la mécanique obsolète du parti unique. Un syndicaliste en même temps sénateur, donc législateur ne choque personne, ni au pouvoir ni dans l'opposition, et vogue la confusion des pouvoirs! Pourquoi est-il si important de voir des dirigeants de partis, des parlementaires être, en même temps, les chefs d'un syndicat officiel? La réponse est clairement lisible dans des déficits de légitimité et démocratiques. Là où des séparations nettes s'imposent, on créé des boulevards où s'activent, bien rémunérés, les mélangeurs des genres. Le cocktail ne cesse d'être explosif. Les partis, au pouvoir et dans l'opposition y boivent allègrement par leur silence. Cependant, la séparation des pouvoirs en Algérie exige une grande audace politique, un regard au loin, l'affrontement avec les rentes, une grandiose réforme. Qui oserait en prendre le chemin pour tutoyer la postérité? Pris séparément ou en bloc, tous les paramètres qui incluent les citoyens dans la gestion de leurs affaires, les entreprises pour la défense de leurs intérêts, les associations comme expressions autonomes de la société civile et les partis qui défendent chacun un programme, renvoient à la démocratisation générale de la société.
A titre d'exemple, un club sportif, une association de défense du corail ou une autre soucieuse de la protection d'une espèce animale ou végétale ne doivent avoir aucune relation organique avec le pouvoir.
Celui-ci a d'autres préoccupations d'intérêt national. La séparation des pouvoirs et des genres place chacun dans son rôle, dans ses attributions et devant ses responsabilités. L'ensemble est contrôlé par le Parlement et les structures chargées des enquêtes, de la prévention et de la répression des crimes et délits, sous le regard des médias.
Mais pour que les mécanismes fonctionnent harmonieusement, une volonté politique légitime par les urnes, confortée par la Constitution et les lois, est plus que nécessaire. En dehors, le champ national est livré à l'illégal, l'informel, au passe-droit et à la prédation qui se nourrit de l'impunité. Par conséquent, le marché politique et des médias indépendants doivent être ouverts à la concurrence qui n'est pas réductible à la seule économie de marché ou à un développement industriel.
La Suisse est une démocratie, mais elle n'est ni une puissance économique ni militaire, comme la Belgique. Est démocratique un espace «qui permet aux acteurs sociaux de se former et d'agir librement, où s'exercent les droits fondamentaux respectés par le pouvoir, où la représentativité sociale des dirigeants et de leur politique est légitime et où la conscience de citoyenneté est à l'oeuvre». Le point de départ est «qu'il ne peut pas y avoir de liberté politique si le pouvoir n'est pas limité par un principe supérieur à lui, qui s'oppose à ce qu'il devienne absolu». Mais dans les pays arabes, les consensus au sommet se font contre la société et les entreprises publiques et privées pour l'organisation semi-clandestine du partage des pouvoirs politique, économique, culturel et même sportif. La règle est que le pouvoir, ses démembrements et ses relais contrôlent tout jusqu'aux salles de cinéma et les équipes de cricket.
Enfoncées dans des crises politiques sans fin, des déficits de légitimité et de légalité, les nations arabes sont organisées et gouvernées comme une association de familles où le père désigné arbitre en ménageant les intérêts de chaque famille qui a sa capacité de nuisance dans le secteur qui lui est attribué par «le Conseil des familles». En Libye, le fils du leader intronise son père au rang d'une «constante» sacrée et intouchable au même rang que l'Islam lui-même érigé en propriété gérée par le seul pouvoir qui en use selon ses intérêts.
L'Algérie qui a une constitution, une batterie interminable de lois, des mandats fixés pour la présidence, les APC, le parlement, etc. ouvre des débats surréalistes à chaque échéance, proche ou lointaine. Le mandat présidentiel, sa durée et son renouvellement sont sujets à des exégèses de déments.
Ici on parle d'un «règlement à l'amiable (entre qui et qui?), là on évoque la stabilité une fois retrouvée et une autre incertaine. Le vote des électeurs est considéré comme une formalité qui est assaisonnée selon la conjoncture, la maladie (fausse ou réelle), des combinaisons entre des familles régnantes ou selon la production de la pomme de terre devenue un programme politique pour une présidentielle.
Le pays est presque considéré comme un mécano pour enfants livrés à des adultes qui s'amusent avec l'avenir de millions d'individus. On comptabilise avec moult cris de joie les compétences sur le territoire et celles qui réussissent dans de nombreux pays développés. On brandit avec déclaration des réserves de change là où la pauvreté, la précarité et la saleté font leur lit. Et à chaque été, on tire à boulets rouges sur des membres d'un exécutif qui n'a pourtant pas pris une gouvernance par les armes, et qui sont sévèrement critiqués par un parti au gouvernement, le Président, la presse et l'opposition. Mais s'agit-il d'un problème de compétences ou bien d'une méthode et d'un système de gouvernance qui refuse toute réforme? Un sénateur peut être syndicaliste, un membre d'un parti au pouvoir peut être responsable d'un syndicat et un wali peut gérer, même à distance, une équipe de foot, mais l'étonnement et les critiques sont toujours à côté de la réalité des choses, sans jamais toucher le cœur des blocages à tous les niveaux. La société algérienne est paralysée par des discours idéologiques composites. Le colonialisme, la religion, le culte de la personnalité, la rente révolutionnaire, l'organisation de masse new look, la région supérieure à une autre, fragmentent, la gouvernance, l'identité nationale et le champ culturel. Tous ces discours maintiennent la mainmise d'hommes et d'appareils sur les forces sociales transformées en simples relais de choix politique.
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| Paru le : 30-10-2007 |
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