Périscoop : BAZOOKA LES FONDS SERVILES DU PATRIARCAT PAR MOHAMED BOUHAMIDI [email protected]
Aujourd’hui j’écris pour vider mon cœur, demain… demain, nous verrons avec les questions plus sérieuses. Le colloque d’ El Watan sur la démocratie dans les pays arabes, la démocratie impossible, devrait-on, rageusement, ajouter, coïncide avec ce que vous avez vu et entendu à propos des attentats d’Alger : le soutien politique des organisations satellites du pouvoir appellent à un soutien massif à la politique du président alors que les corps des victimes n’avaient pas refroidi et que les familles n’avaient pas commencé le début de leur deuil. Merci pour les victimes et pour leurs familles devenues des faire-valoir, un prétexte de choix parce que macabre. Mieux ! Le chef ou un des chefs des comités de soutien au président pousse le cynisme plus loin. Il déclare que la dénonciation ne suffit plus et qu’il faut la dire dans la rue. Et, à votre avis, que vont crier les foules mobilisées par ces comités de soutien ? Vous le devinez ? Alors souvenez-vous ! Le pouvoir a essayé de le faire «spontanément» après Batna, je crois, où un autre attentat a eu lieu à la même période et ce fut un lamentable fiasco : pas même cinq mille manifestants à Alger qui compte plus de 1 600 000 électeurs inscrits. A mes lecteurs et aux participants du colloque d’ El Watan, je voudrais rappeler que nos sociétés arabes ou berbères, sociétés patriarcales et claniques par excellence, fonctionnent sur de grands tabous (tabous religieux, politiques, sexuels, …) et sur la délégation du pouvoir à un chef, représentant suprême du patriarcat et garant de la reconduction et de la reproduction du système tribal. La démocratie est la fille de la bourgeoisie et des luttes sanglantes qui l’ont opposée à la classe ouvrière dans des conditions historiques très diverses mais dont le moment décisif de mutation pour ces pays qu’on appelle plus pays démocratiques fut la révolution d’Octobre et la naissance de l’Etat soviétique. Les sociétés patriarcales comme les nôtres ne génèrent que l’autoritarisme et le besoin d’autorité malgré les profonds changements sociaux qui se mettent à la travailler et qui libèrent, en Algérie, des millions de femmes et d’hommes en attente d’une ou de nouvelles expressions culturelles et politiques. Qu’elles ne trouveront, à terme, que dans des partis démocratiques quand ces derniers comprendront que l’attente citoyenne existe sans eux mais refuse leurs propres pesanteurs… patriarcale. Et ce pouvoir, non seulement utilise cyniquement les mécanismes du patriarcat en fabriquant une image du père suprême, protecteur et au-dessus de la mêlée qui oppose «ses» enfants, mais il cherche à les prolonger, leur redonner de la force et de nouvelles significations. Par exemple en ne congédiant jamais, au grand jamais, les mauvais fils qui mentent au père sur la gestion de leurs affaires ministérielles. Ils sont la preuve à la fois de l’intelligence du père, de sa grandeur et de sa mansuétude pour nous puisqu’il en a pour eux, eux qui ont fauté. Mais un des aspects des sociétés maghrébines tribales, claniques et patriarcales est qu’elles se sont construites sur la répartition entre tribus Makhzen et tribus raïas, entre tribus guerrières et féales et tribus vassales et serviles. Le pouvoir reconduit le même schéma historique pour nous gouverner. Il puise dans la tradition servile toutes ces clientèles empressées de servir le maître du moment. Ne vous inquiétez pas. L’art de la brosse à reluire, même dans l’impudence et l’indécence, est un art du passé, pas de l’avenir. C’est pour cela que sa disponibilité est garantie jusqu’au jour où nos jeunes qui prennent la mer pour fuir, nos jeunes qui se suicident, nos jeunes qui n’arrivent pas à passer de la révolte émeutière à la révolution décideront de pendre en main leur destin. M. B.
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