Alter Mondialisation ou Anti-mondialisation capitaliste
(Sources et notes�de lecture : Marx, Pr. Benhassine, Thomas, Stiglitz, Petras)
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En d�fendant la mondialisation, ses partisans �ludent deux questions, pourtant essentielles�:
Quel rapport entre la mondialisation et le syst�me social dominant en vigueur, le capitalisme�?
Quelles perspectives pour les luttes des peuples des pays domin�s et les luttes des exploit�s dans les pays dominants�dans le contexte de la mondialisation ? ����
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De fa�on insistante, la ��mondialisation�� est pr�sent�e par ses d�fenseurs comme un ph�nom�ne nouveau, r�cent, voire moderne. Les travaux de Marx et Engels montrent que la mondialisation est aussi vieille que le capitalisme. En leur temps d�j�, ils avaient �tabli que la conqu�te mondiale des colonies et le commerce des colonies est une des bases du d�veloppement capitaliste. La revente des produits des colonies, non encore produits en Europe (soieries, �pices, m�taux pr�cieux, �), � des prix sup�rieurs � leurs prix d�achat (y compris les co�ts de transport), procurait des profits incontr�l�s et tr�s �lev�s. Villes portuaires et commerciales, flottes maritimes, commerciales et militaires, se sont d�velopp�es pour organiser le commerce ext�rieur et intensifier le pillage des richesses et de la force de travail des colonies. C�est le travail forc� dans les mines d�or et d�argent, l�esclavage et la traite des Noirs dans les colonies qui permirent l�accumulation des fortunes et la formation des bourgeoisies europ�ennes (de Liverpool, de Bordeaux, de Nantes, �). Les capitalistes marchands (en opposition croissante au monde des f�odaux) participent activement � la naissance des premi�res manufactures, premi�re forme de la division du travail capitaliste (fin 15i�me si�cle). C�est bien l�Angleterre qui disposait, jusqu�� la veille de la 1i�re guerre mondiale, du plus grand empire colonial et de la 1i�re puissance industrielle.
Les colonies ont constitu� des d�bouch�s pour les produits des pays dominants (tout relativement en raison du laminage du pouvoir d�achat de la masse des colonis�s par le r�gime colonial). Elles ont aussi permis aux capitalistes de contourner la r�sistance ouvri�re � l�allongement de la dur�e du travail (pour augmenter la plus-value absolue). Mais, les colonies ont surtout eu un r�le principal�: fournisseurs aux pays d�velopp�s de mati�res premi�res nouvelles et de force de travail bon march�. Avec les colonies, s�est dessin�e une nouvelle division internationale du travail qui a servi l�accumulation et la valorisation du capital dans les pays dominants, et stimul� la production de nouveaux produits. Et qui a plong� les colonies dans la mis�re�!
Dans le cas de l�Angleterre et de sa principale colonie, l�Inde, les industries manufacturi�res anglaises et les industries de transformation indiennes formaient un march� ferm� et prot�g� militairement et financi�rement, avec un travail nettement divis�: la colonie fournissait les textiles aux industries m�canis�es anglaises�; les capitalistes anglais produisaient pour le march� anglais, puis, de plus en plus pour le reste du monde. Contraints par la force militaire et politique, les Indiens ont �t� vers�s en masse dans la production de coton pour l�Angleterre et d�laiss� l�agriculture vivri�re. A leur tour, les paysans anglais ont �t� expropri�s pour faire tourner les usines anglaises.
� L�esclavage direct est le pivot de l�industrie bourgeoise aussi bien que les machines, le cr�dit, etc. Sans esclavage, vous n�avez pas d�industrie moderne. C�est l�esclavage qui a donn� leur valeur aux colonies, ce sont les colonies qui ont cr�� le commerce de l�univers qui est la condition de la grande industrie.�� (Marx, in Mis�re de la philosophie, 1847).
La colonisation est bien une mondialisation en correspondance historique avec les besoins et exigences du syst�me capitaliste.
Il en va de m�me pour la mondialisation�en cours�: elle est en ad�quation avec les nouvelles forces et capacit�s du syst�me capitaliste, notamment apr�s l�effondrement du syst�me socialiste. Il y a filiation avec la mondialisation pr�c�dente et nouveaut� en rapport avec le contexte historique. Sur ce point, on peut relever les sp�cificit�s suivantes�:�
o������ La mondialisation des flux financiers est ph�nom�nale et d�apparence autonome par rapport � la sph�re dite r�elle de l��conomie. Cela �tant, la mondialisation n�est pas un d�ferlement de capitaux des pays d�velopp�s vers les pays sous-d�velopp�s. En termes de transferts de capitaux, c�est plut�t le sens Sud-Nord qui l�emporte largement sur le sens Nord-Sud�(sous forme de service de la dette ext�rieure, de profits rapatri�s, de royalties de brevets et de licences et de conseils d��tudes et d�expertise surfactur�s). On peut ajouter que, quand une multinationale investit dans un pays domin�, une partie de ses investissements est prise en charge par les contribuables de l�Etat du pays domin�: police, terrains quasi-gratuits, subventions, fiscalit� r�duite, formation de la main d��uvre, �. En r�alit�, les flux financiers ont suivi la mondialisation de la production mat�rielle, base de la production de la plus-value. Une partie d�entre eux se situe dans le commerce mondial, avec pour fonction essentielle de rendre plus rapide la r�alisation de la plus-value.
o������ La mondialisation se traduit par une segmentation mondiale de la production par niveau de qualification de la force de travail�: travail complexe (scientifique et technique) dans les pays dominants, et travail simple (force de travail essentiellement) dans les pays domin�s. Cet aspect est bien nouveau par rapport � la mondialisation au stade pr�c�dent du capitalisme, celui de la colonisation�: dans le cas des colonies, la segmentation op�rait par branches enti�res d�activit�s (agriculture et mines pour les colonies et industries manufacturi�res pour les m�tropoles).
o������ En cons�quence de quoi, le contr�le du processus de mondialisation peut �tre assur� non pas par un contr�le global du proc�s de production, comme lors de la colonisation, mais seulement en tenant les deux bouts de la cha�ne�: une protection renforc�e de la propri�t� du capital (scientifique, technique et financier) et un contr�le direct du circuit de commercialisation (stade de la r�alisation du profit).
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Exemple de NIKE�: (�tude parue en 1992)
La production est atomis�e aupr�s de 400 sous-traitants, sans aucune capacit� de prendre la direction du proc�s de production. Le groupe reste ma�tre du proc�s de production en n�en d�tenant que les deux bouts de la cha�ne�: recherche et conception�(le groupe d�cide du type de produit, cr�e le besoin au moyen de la publicit�)�; et commercialisation�(enti�rement contr�l�e par le groupe).
Selon cette �tude, sur 400 FF de produit pour une paire NIKE�:
o������ 278,10 FF en plus-value pour NIKE�(se d�composant en�: 240 FF�de frais commerciaux + 11 FF�pour investissements nouveaux + 27,10 FF en frais financiers pour les banques, Tr�sor, dividendes et autres frais dont la corruption).
o������ 117,40 FF en frais d�amortissement (machines et mati�res premi�res)
o������ 3,80 FF en taxes vers�es hors Etats-Unis
o������ 0,70 FF en salaires ouvriers
Donc, 70% de la plus-value accumul�e est r�cup�r�e au centre du groupe et du pays d�origine.
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Un autre trait sp�cifique de la mondialisation est le renforcement � l��chelle mondiale du monopole des armes de destruction massive par le capital (OTAN, CEE, OMC, FMI, Banque Mondiale, Accords r�gionaux et continentaux). En m�me temps, les arm�es et les Etats des pays dominants, loin de s�affaiblir, se consolident pour agir en protecteurs de leurs capitaux (y compris en leur sein m�me) et pour garantir le rapatriement de la part de� plus-value mondialis�e.
Dans les pays domin�s, l�Etat a pour r�le de cr�er les conditions favorables aux oligopoles, de fluidifier les �changes commerciaux, de collecter les imp�ts pour payer en priorit� la dette ext�rieure, et � d�exercer le contr�le social de la force de travail. Cela n�cessite un appareil de r�pression budg�tivore pour m�ter toute r�sistance � l�int�gration au monde capitaliste et � l�exploitation de la main d��uvre. Quand le monde du travail est musel�, les multinationales parlent d�attractivit�, ou encore, d�avantage comparatif�! La force de r�pression devient un agent �conomique. Des Syndicats et partis peuvent agir s�ils acceptent l�int�gration au monde capitaliste et participent au contr�le social des exploit�s.
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Ainsi, en continuit� avec la mondialisation coloniale, la mondialisation capitaliste en cours prolonge et aggrave l�in�galit� des �changes entre pays dominants et pays domin�s. Ces �changes sont in�gaux parce que fond�s sur des productivit�s in�gales, nettement sup�rieures dans les pays capitalistes d�velopp�s. Il est important surtout de saisir que cette in�galit� de productivit� ne peut �tre effac�e ou rattrap�e dans le cadre de rapports capitalistes�: il n�y pas de concurrence, souvent m�me pas d�affrontement, entre les capitaux des pays dominants et ceux des pays domin�s. Ces derniers sont inexistants ou tr�s faibles et localis�s dans la petite production. Au pire, ils peuvent �tre �limin�s par des moyens �conomiques violents et/ou militaires.
A-t-on jamais observ� un capital national d�un pays domin� rejoindre le niveau de productivit� international�? M�me entre pays � capitalisme d�velopp�, les capitaux n�affrontent la concurrence internationale qu�apr�s avoir rejoint le niveau de productivit� des capitaux les plus productifs, au besoin, en passant par la couveuse de l�Etat protectionniste. En Angleterre, l�abolition des Corn Laws (interdiction � tout navire non anglais de commercer en Angleterre) n�est d�cr�t�e qu�en 1846. Plus r�cemment (en 2006), en France, l�affaire Alsthom et Acelor ont illustr� le ��patriotisme �conomique�� de l�Etat capitaliste.
On ne peut, comme le veut une partie du mouvement alter-mondialiste, s�attacher � contester les seuls effets les plus n�gatifs de la mondialisation (dans la sph�re de la r�partition des revenus). On ne peut r�ver de mondialisation d�mocratique, et adopter une position d��quidistance, du type ��ni-ni��, en vogue depuis les attentats du 11 septembre 2000, faussement pacifiste, en pleine agression des peuples afghan, irakien et palestinien�!
La mondialisation capitaliste ne peut sortir les pays domin�s du sous-d�veloppement.
Le nouveau dans la mondialisation capitaliste r�side dans le caract�re plus hi�rarchis� de la division capitaliste du travail�: travail simple d�ex�cution dans les pays domin�s, travail complexe scientifique dans les pays dominants. C�est une sorte de mondialisation du taylorisme, avec la s�paration du travail manuel et du travail intellectuel non plus seulement � l��chelle de l�usine, mais � l��chelle des pays, voire de r�gions enti�res.
Au final, la mondialisation dans le cadre de rapports capitalistes ne rompt pas la cha�ne historique de la domination�: esclave - ma�tre�; prol�taire - capitaliste�; colonie - empire�; pays domin�s - pays dominants. La domination du capital mondialis�e n�est pas seulement une cons�quence�: c�est aussi et surtout une condition vitale de la p�rennit� du syst�me capitaliste. Les arm�es (OTAN), les Etats veillent et agissent de fa�on permanente (et m�me pr�ventivement) contre toute tentative de briser la cha�ne de domination �conomique.
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L�affrontement avec les forces mondialis�es du capital (�conomiques et militaires) est et sera de plus en plus violent (cf. article pr�c�dent sur ��Pourquoi le capitalisme sera de plus en plus violent��).� Le renforcement de la capacit� de lutte contre le capital passe par une solidarit� active et efficace entre exploit�s des pays capitalistes et exploit�s des pays domin�s. Ce qui ne va pas de soi�: les situations des exploit�s dans les deux types de pays ne sont pas toujours comparables, et la diff�renciation est m�me croissante. Il ne s�agit pas seulement de diff�rences de niveau de vie et de niveau de satisfaction des besoins essentiels.
On peut observer d�abord que l�action corruptrice des capitalistes et des Etats des pays dominants est permanente�: elle vise, sous pr�texte de nationalisme ou patriotisme �conomique, � obtenir des exploit�s une collaboration de classe en �ludant les origines de l�exploitation et de la domination. Il arrive alors que, dans la concurrence entre capitaux dominants, des prol�taires d�fendent leur capital national, exploiteur en pays domin�. Combattre l�action de pillage de l�Etat capitaliste et de son �conomie, sortir de l�indiff�rence quant � l�origine des richesses distribu�es (comme le ni-ni ou le oui-mais), devient une exigence internationaliste tout en pr�parant aux combats de classe.
Dans les pays domin�s, l�imp�rialisme et le capital international agressent violemment un large spectre de couches et classes sociales (paysans, ouvriers, petite bourgeoisie, bourgeoisie)�: leurs int�r�ts, bien que divers et insuffisamment stratifi�s, sont l�s�s par un ennemi commun. L�affrontement rev�t un caract�re national. Il n�est pas rare qu�elles soient dirig�es par des forces non ant-capitalistes. Les luttes sont bien plus souvent anti-imp�rialistes que anti-capitalistes. L�objectif premier des luttes est de contrer le capital international, et non pas d�abolir les rapports capitalistes. Rien ne garantit alors les perspectives anti-capitalistes des luttes. Mais, seules des luttes anti-imp�rialistes intenses et victorieuses permettront de mettre � l�ordre du jour les t�ches anti-capitalistes et d�aiguiser les oppositions de classe. C�est ce que montre l�exp�rience dans nombre de pays domin�s�: apr�s avoir particip� aux longues luttes pour la lib�ration nationale, apr�s avoir affront� les multinationales lors de la r�cup�ration ou la nationalisations des richesses (p�trole, mines, terres, �), la bourgeoisie compradore agit de plus en plus contre son peuple et de moine en moins contre l�imp�rialisme�en qui elle fait plus confiance et � qui elle s�allie pour garantir sa survie politique et �conomique. �
Avec la mondialisation capitaliste, l�abondance des richesses s�accompagne d�une mis�re grandissante des peuples et d�une paup�risation des prol�taires�: guerres, ch�mage, destruction de biens et de moyens de production, d�racinement, emprisonnement et ghetto�sation des pauvres, division, ab�tissement des cerveaux par les medias dictatorialement contr�l�s, �. La mondialisation capitaliste �quivaut � une mondialisation de l�exploitation capitaliste. Les luttes d�fensives, les luttes de r�sistance pour la d�l�gitimer pr�parent aux luttes d�cisives de classe. Tout comme la conscience de classe, elles font partie int�grante du proc�s r�volutionnaire. ��
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