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| Alternative démocratique de sortie de crise ou reproduction du système ? par Ahmed Meliani |
Par Ahmed Meliani, secrétaire général par intérim du MDS
Dans un monde instable qui connaît une accélération et des bouleversements sans précédent, l’Algérie de 2007 sera-t-elle l’Algérie des luttes démocratiques et citoyennes, celle de la mise en œuvre d’une alternative démocratique autonome et crédible ou sera-t-elle l’otage encore une fois des “solutions et des recettes” éculées et qui reproduisent dangereusement et sans cesse le système rentier bureaucratique allié à l’islamisme ?
Les derniers développements montrent que les priorités du pouvoir ont été et continueront à être autres que ce qu’en attendent les citoyens et le devenir démocratique de la nation. Le dernier discours de Bouteflika, à l’occasion de la promulgation de la loi de finances, derrière l’illusionnisme de “progression” qu’il représente n’est-il pas en fait une reconnaissance de la panne du pouvoir à répondre aux exigences de changement toujours déçues de la société ? Huit ans après son arrivée au pouvoir, Bouteflika sert encore des promesses. Le pouvoir semble naviguer à vue sans savoir vraiment où il va. A tous les niveaux et dans tous les domaines, le constat est sans appel : l’Algérie est en panne. Elle n’arrive toujours pas à trouver une issue démocratique, patriotique et moderne à la crise, elle n’arrive toujours pas à exploiter ses atouts, sa position géostratégique, ses potentialités matérielles et humaines, et l’embellie financière. Cette dernière due essentiellement à l’aubaine de la hausse du prix des hydrocarbures n’est pas rentabilisée dans le cadre du développement des forces productives et pour mieux négocier l’insertion de l’Algérie dans la Division internationale du travail. Les citoyens ont le détestable sentiment de s’appauvrir davantage à mesure que l’Etat devient riche. Nous sommes en train de passer de la crise des caisses vides à celle des caisses pleines à craquer. La longévité de la crise, l’impasse sur les véritables réformes dont a besoin le pays, le recul sur les acquis d’Octobre 88… dénotent à la fois de la régression du rapport de forces politiques dans laquelle a sombré le pays et de la crise des “solutions prônées et ressassées par le pouvoir” de sortie de crise. Après avoir passé son premier mandat à se plaindre qu’il n’a pas les coudées franches pour appliquer son programme, comprendre par-là que la situation ne permettait pas encore d’infléchir le rapport des forces en place, Bouteflika est obligé d’inventer chaque fois de nouveaux boucs émissaires et de subterfuges idéologiques pour justifier l’impasse du pouvoir qu’il incarne. Ni la réconciliation n’a ramené la paix ni le programme de soutien à la relance économique n’arrive à faire sortir la société du marasme socioéconomique et de la dégradation sans précédent des conditions de vie.
Fait isolé ou corruption endémique au système et à la nature de l’Etat ?
“Paix et réconciliation nationale” ou réconciliation entre les forces de la rente, de la spéculation et de l’économie informelle sous la bannière de l’idéologie islamo-conservatrice ?
Révision constitutionnelle pour asseoir les bases d’un Etat moderne ou pour permettre la reproduction du système ?
Faisant l’impasse sur la crise mère, celle de la nature l’Etat et retardant dangereusement sa refondation sur des bases républicaines, démocratiques et modernes, l’annonce de la révision constitutionnelle a été présentée comme une solution magique aux problèmes de gouvernance et de pouvoir en Algérie. Le débat biaisé sur le type de régime présidentiel/parlementaire ou semi-présidentiel occulte les questions de fond : les institutions sont vidées de leur contenu et posent dramatiquement la crise de représentation et de représentativité dans notre pays. La Constitution devrait consacrer la citoyenneté, les libertés démocratiques collectives et individuelles, le droit à l’organisation et à l’expression. Pour cela, l’urgence de consacrer la séparation du politique et du religieux, la traduction des luttes citoyennes, l’abrogation de toutes les lois discriminatoires sont la seule voie possible pour l’Algérie de consacrer constitutionnellement les valeurs démocratiques à même de sortir l’Algérie de la crise. Le souci du pouvoir semble être ailleurs. L’ensemble de la classe politique et la presse nationale ont cru déceler une volonté de Bouteflika de briguer un autre mandat, avant de se rabattre, suite à la maladie du président, sur les problèmes de succession que le système veut et pense régler en instituant le poste de vice-président. Dans les deux cas de figure, on ne comprend pas les hésitations du pouvoir si les motivations sont claires et font consensus. Traduisent-elles des luttes d’appareils sourdes, mais coupées des véritables attentes de la société ? Expriment-elles des résistances non visibles dans tous les cas ? ou au contraire expriment- elles, avec la relance par Belkhadem du projet, la volonté de fixer constitutionnellement les acquis pour la tendance islamo-conservatrice, dans le rapport des forces institutionnel, et mettre en place les mécanismes successoraux posés par la maladie de Bouteflika dans des conditions plus favorables ? Cette démarche, tout en soulignant la fébrilité du pouvoir et de l’alliance islamo-conservatrice ainsi que le fossé les séparant eux et leurs projets des besoins de la société et des exigences de sortie de la crise de l’Etat, ne remet-elle pas, avec le processus électoraliste qu’ils se préparent à dérouler, à l’ordre du jour les grandes illusions, les attentes des initiatives de solution d’un hypothétique noyau de l’Etat auxquelles des démocrates devraient se préparer passivement. Ce qui est visible, par contre, c’est la volonté du système de fermer la parenthèse des acquis démocratiques d’Octobre 88. Il veut juste soigner la forme à lui donner pour ne pas apparaître en décalage par rapport à la tendance mondiale vers la démocratisation. Le travail d'érosion volontaire des libertés démocratiques est systématisé par les atteintes répétées aux droits des citoyens, à la liberté d’organisation et d’expression, au harcèlement judiciaire contre les grévistes, les journalistes et les militants de la démocratie. Le maintien de l'état d'urgence ne semble s'appliquer que contre les forces citoyennes et démocratiques du pays. Le pouvoir tente de reconfigurer la classe politique autour de l’alliance islamo-conservatrice tout en maintenant un pluralisme de façade qui accepterait une “opposition à gauche comme à droite”, mais articulée systémiquement à ses visées et qui lui serviraient de caution pour la reproduction du système. Face à l’exigence de refonder la classe politique dans le sens de la démocratie moderne, le pouvoir préfère une classe politique acquise à la réconciliation qui, quelle qu’en soit la forme, ne dérange pas, celle qui s’engouffre dans son “tunnel”.
Le grand décalage entre une classe politique obsolète et l’évolution des aspirations et des exigences de la société ?
Développer les forces du capital productif, du savoir ou arrimer une économie de bazar pourvoyeuse en hydrocarbures au capital financier international ?
Lancé à grand coups de publicité, le plan de soutien à la relance économique, ce “joyau” du programme présidentiel que trois partis mettent en application, paraît de plus en plus comme de la poudre aux yeux, une opération destinée à élargir la base sociale rentière du système. Les Algériens savent à qui profitent les marchés de réfection des trottoirs et des routes en l’absence des mécanismes économiques rationnels et d’une économie productive performante. Tout en étant sensibles à tout ce qui peut améliorer qualitativement leur environnement de vie, ils attachent une importance particulière à la mise en œuvre d’une politique de développement génératrice de richesses et d’emplois qui leur rendrait l’espoir. Faire croire, aujourd’hui, que la stratégie de développement pourrait se réduire au développement des infrastructures de base, au traitement de la question de la dette le moins que l’on puisse dire idéologique parce qu’elle caresse dans le sens du poil la fibre nationaliste étroite en occultant le crédit comme une forme d’économie moderne, ou à la notion toute aussi idéologique de l’“après-pétrole” demeure un grand leurre. L’après-pétrole ne peut se concevoir que par une exploitation optimale des hydrocarbures au profit des investissements productifs. Les infrastructures sont, certes, un élément fondamental sur lesquelles repose une économie moderne. Cependant, aussi modernes soient-elles, elles sont très souvent, en l’absence d’instruments de contrôle opérationnels, l’occasion d’énormes corruptions en tous genres. En situation de déstructuration avancée du tissu industriel national, ces projets profitent exclusivement aux entreprises étrangères. Enfin l’entretien durable des grandes infrastructures nécessite des sommes colossales que seule une économie moderne productive peut supporter, une économie productrice de richesse et de savoir, et adossée aux piliers d’un Etat moderne : la modernisation de la fiscalité, de l’école, de la justice et le développement des forces productives. A ce sujet, le pays continue à payer le prix des non-réformes. L’appareil de production, sous les coups répétés d’un bradage au nom d’une privatisation qui n’a rien d’économique et se réduit à une privatisation de la rente, a été déstructuré et rendu désuet au profit de la montée des forces liées à la spéculation, à l’économie informelle et à la rente sacrifiant ainsi les intérêts supérieurs et stratégiques de l’Algérie. Au-delà des généralités et des déclarations d’intention, le secteur de l'éducation tend à se gangrener, faute non seulement d'une vision stratégique conforme aux intérêts d'un développement moderne et indépendant du pays, il demeure un simple instrument d'aliénation idéologique des citoyens de demain. Le pouvoir se rabat sur des “réformettes” techniques et antidémocratiques, comme sa tentative, en cours, de son délestage des lycées techniques ; l’école comme lieu de savoir, de valeurs universelles, comme lieu d’appropriation de l’épaisseur historique et de maîtrise du réel, comme lieu d’épanouissement et de réalisation de la citoyenneté est absente dans les projets du pouvoir. La réforme de la justice, comme celle de la fiscalité, se mesure aux résultats qu’elle induit. Peut-on parler de réformes lorsque la justice continue d’être instrumentalisée contre les libertés démocratiques, contre le droit à l’expression et l’organisation des citoyens ? Peut-on parler de réformes de la fiscalité lorsque ceux qui produisent sont pénalisés au profit de l’import-import, des transactions douteuses, de la spéculation et lorsque les détenteurs de capitaux préfèrent fuir les investissements productifs parce qu’ils sont confrontés à des contraintes administratives et juridiques insurmontables ? Les intérêts de l’Algérie passent par un dépassement de la crise et l’édification d’un Etat moderne démocratique et social qui rompt avec la rente et l’islam politique. Un Etat qui initie une stratégie de développement et de progrès social durable fondé sur le développement des forces productives et du savoir, et sur les atouts de la révolution scientifique et technique. Un monde en plein restructuration Dans un contexte de mondialisation, aux effets contradictoires, le climat international semble être fait d'instabilité généralisée suite aux bouleversements provoqués par la chute de l’équilibre de terreur de la guerre froide et à la difficulté de trouver de nouveaux équilibres. Les institutions internationales semblent être inopérantes, parce qu’en déphasage avec les nouveaux besoins de l’humanité et trouvent d’énormes difficultés à assumer leurs rôles respectifs. Les espoirs nés de la fin de la guerre froide et ceux induits par les aspirations et les luttes des pays émergents et les pays aspirant et agissant pour une autre mondialisation sont confrontés aux intérêts étroits du complexe militaro-industriel et les firmes pétrolières. L’aspiration grandissante de la communauté internationale à bénéficier des retombées du développement prodigieux de la révolution scientifique et technique, et du développement de la productivité sur toute la planète, la poussée de démocratisation dans le monde et des systèmes de gouvernance sont contrariées par les intérêts hégémoniques des USA et des grandes puissances. L’accélération des événements, dans le cadre d’un processus de mondialisation contradictoire, exprime aussi bien les mutations qualitatives qui s’opèrent dans un monde en pleine restructuration, que l’exacerbation des luttes et des conflits pour le contrôle des ressources énergétiques et des marchés : l’ancienne division internationale du travail, produit du système colonial et du monde d’après-guerre, est en crise et ne peut plus répondre aux nouvelles réalités géostratégiques. Ainsi qu’il s’agisse de l’augmentation de la demande sur les hydrocarbures en lien avec l’évolution des besoins de la Chine et de l’Inde, et du rôle grandissant des pays du Sud-Est asiatique dans l’économie et les échanges mondiaux, ou qu’il s’agisse des changements qui secouent l’Amérique latine, ou encore le vent de démocratisation dans le monde sous la double pression de l’internationalisation du capital et des effets des progrès de la scolarisation, sont autant de facteurs qui préfigurent les luttes pour une nouvelle division internationale du travail en gestation. On comprendrait pourquoi la percée des recettes de la doctrine néolibérale durant les années 1990 est prise au piège de ses propres présupposés idéologiques. Les institutions de l’ordre financier et économique international (FMI, Banque mondiale, GATT puis OMC) qui structurent les échanges internationaux, se voient dans l’obligation de mettre de l’eau dans leur vin après leurs échecs répétés de sortir de leurs crises les pays qui les ont sollicitées. Le coup de grâce est venu des pays à économie libérale, les Etats Unis en tête. Le concept de patriotisme économique n’est rien d’autre qu’une forme de protectionnisme. Après avoir prêché durant les années 1990 la nécessité pour les Etats de se retirer du champ économique, les pays occidentaux n’ont pas hésité à se transformer en véritables Etats interventionnistes : l’instauration des quotas d’importation aux textiles chinois par les USA et les Etats européens au mépris des accords conclus, l’opposition à la fusion Metal- Arcelor ou la fusion GDF-Suez pour empêcher l’OPA d’Enel… Ces pays prouvent chaque jour qu’ils n’hésitent pas à mettre la main à la pâte lorsque leurs intérêts sont en jeu. Au lieu d’une mondialisation des effets du développement et du progrès partagés à l’échelle planétaire, ils semblent avoir fait le choix : construire des murs après la chute du mur de Berlin et faciliter ainsi la mondialisation des flux des capitaux, l’internationalisation des sources de profit, d’une part, et ghettoïser les populations et la main-d’œuvre des pays du Sud en essayant de contenir les flux migratoires en dressant l’épouvantail de l’immigration clandestine, d’autre part. Cependant les pays émergents (Chine, Inde, Brésil…) commencent à réagir en s’organisant pour mieux défendre leurs intérêts dans les instances internationales. Ils exigent plus d’équité dans les accords internationaux sur le commerce dans le cadre de l’OMC, notamment la levée des subventions agricoles que les USA et l’Europe continuent à pratiquer, et l’accessibilité de ces marchés aux produits agricoles en provenance des pays émergents ou en voie de développement. Au-delà des manifestations immédiates de ces contradictions, le risque est grand de ne pas en saisir les tendances historiques lourdes qui travaillent les rapports multiformes à l’échelle mondiale. Ces dernières sont beaucoup plus importantes pour être emprisonnées dans des approches qui mettent en avant les seules logiques d’intérêts d’Etats étroits sans se pencher sur les tendances lourdes. Les saisir et les percevoir comme processus historiques complexes constituerait sans nul doute un premier pas vers la production de discours et de pratiques des forces de progrès comme forces de changement agissantes et non plus comme forces de refus et de résistance. Dans ce sens, le nouvel ordre international comme concept idéologique destiné bien plus à la consommation qu’il ne recouvre une réalité vivante et contradictoire ; il n’est pas plus une expression de désirs et de pratiques d’hégémonie américaine, qu’un ordre déjà établi et stabilisé. Il n’est pas non plus un ordre achevé. Il sera forcément la résultante des luttes actuelles et non de la seule vision américaine. Ne seront exclus que les pays ou les communautés, poussées aux replis identitaires, communautaires ou religieux, et se situent ou veulent se situer, de fait, en dehors de ce processus. D’où l'aiguisement des conflits ethniques et communautaires, l'étranglement des espoirs de sortie du sous-développement d’une partie de la planète, notamment en Afrique, l'encouragement des extrémismes religieux et des replis communautaires, comme c’est le cas des pays appartenant à la sphère arabo-musulmane, au moment même où sur un plan international la priorité semble être la lutte contre le terrorisme islamiste, qui expriment l’autre revers de la mondialisation. Après les attentats terroristes du 11 septembre 2001 et après l’élan de solidarité et de sympathie avec le peuple américain à travers le monde, les attentes et les espoirs de voir les USA jouer un rôle positif comme superpuissance ont été déçus parce qu’en lieu et place d’une orientation pour une direction plurielle du monde mutuellement avantageuse, c’est celle d’un interventionnisme basé sur des intérêts étroits et cultivant plus que tout au monde l’intégrisme qui a prévalu. Le monde arabe : transition dans la douleur ou monde bloqué ? Dans ce sens, le monde dit arabo-musulman est fait d’un lot de violences souvent inhumaines, de recul imposé à la pensée rationnelle et moderne et l’impasse des alternatives démocratiques et de progrès : les bases et les fondements des Etats- nations non encore achevées sont sapées, minées, tout part en éclats et montre la fragilité des bases sur lesquelles ont été bâtis les états post-indépendance. La situation en Irak, en Palestine, au Liban cristallisent ce type de contradictions : - L’islamisme a réussi, avec l’aide des Américains, à “confessionnaliser” tous les conflits au Proche-Orient, que ce soit en Irak, en Palestine ou au Liban. Par la grâce d’une lutte antiterroriste menée avec en toile de fond le “choc des civilisations”, (autre concept à connotation idéologique), il a réussi à prendre en otage la lutte pour la libération de l’Irak des forces d’occupation et contre le danger du cantonnement ethnique et confessionnel, la lutte du peuple palestinien pour son indépendance ou tout simplement l’émancipation du Liban des influences étrangères. - Avec les plans George Bush qui se succèdent, signe de l’enlisement des USA en Irak, la situation dans ce pays s’aggrave de plus en plus et devient plus complexe. Tout y a été fait pour rendre le retrait des USA difficile, s’ils se retirent de l’Irak, ça sera le chaos. Et effectivement, en procédant à la dissolution de pratiquement toutes les institutions de l’Etat irakien, les Américains ont ouvert la boîte de Pandore. La rupture de l’équilibre fragile sur lequel étaient construites ces institutions a ouvert la voie à l’aventure. Les haines et rancœurs que la société irakienne a accumulées pendant le règne de Saddam Hussein ont explosé dans une violence sans bornes, sans pouvoir faire un véritable bilan de son régime vu les conditions de son exécution. Le piège de rivalités ethniques et confessionnelles que les Américains pensaient utiliser pour gérer et contrôler le pays s’est renfermé sur eux. - Coincé entre les appétits insatiables de régime iranien qui instrumentalise les chiites pour faire main basse sur le pays et la folie sanguinaire des islamistes d’Al-Qaïda qui a fait de l’Irak le nouvel Eldorado du djihad, la résistance irakienne n’arrive toujours pas à se frayer un chemin et se rendre visible. Pourtant, la solution au capharnaüm irakien passe par elle. L’Irak sera démocratique ou ne sera pas. - L’Irak est devenu un pays ingouvernable. Les prétentions de Bush d’en faire un modèle de démocratie au Proche-Orient semblent lointaines. - La lutte du peuple palestinien pour ses droits inaliénables à la souveraineté et à un Etat est l’otage de la politique arrogante et agressive d’Israël et des affrontements inter palestiniens de lutte autour du pouvoir et qui font l’impasse sur une solution nationale démocratique. Elu sur la base d’un vote sanction contre le Fatah, le Hamas palestinien s’est révélé incapable de proposer et de mettre en application une politique qui soulage la vie quotidienne des Palestiniens. L’ambivalence de son discours entre le refus de reconnaître l’Etat d’Israël et sa surenchère pour être le seul vis-à-vis dans les négociations l’ont isolé sur la scène internationale et ont fait couper les aides sans lesquelles l’Autorité palestinienne ne peut fonctionner. L’islamisme ne joue le jeu démocratique que pour en détourner les règles à son profit. Hamas savait très bien que son discours radicaliste et hégémoniste ne pouvait mener que vers une impasse. Mais le but recherché n’est-il pas précisément la prise en otage de la juste cause palestinienne ? Hamas utilise sa position au pouvoir pour asseoir son hégémonie sur le peuple palestinien en mettant en place une force armée parallèle à celle de l’Autorité palestinienne. Le refus de cette dernière opposé au bras de fer engagé par Hamas a ouvert la voie à une vague de violence et les affrontements inter-palestiniens ont atteint des sommets inquiétants et déplorables depuis que Mahmoud Abbas a avancé l’idée d’élections anticipées. A peine sorti d’une guerre atroce que lui a livré Israël l’été dernier, le Liban connaît une aggravation de la situation interne. Le Hizbollah a-t-il été grisé par sa résistance à l’agression israélienne pour tenter de faire de l’ombre sur les autres forces de la résistance libanaise ? Par l’organisation de manifestations gigantesques et l’occupation des places publiques, ne se lance-t- il pas dans un logique de coup d’Etat par rue interposée ? Le Liban fait encore une fois face à une crise qui risque de raviver les plaies non encore cicatrisées, rompre des équilibres précaires et le plonger dans le chaos. On aimerait bien croire, comme le pensent beaucoup, que le Hizbollah opère une mutation de type démocratie chrétienne, cela voudrait dire au moins qu’il devrait renoncer à la dénomination de “parti de Dieu” qui constitue en elle-même “un programme” politico idéologique. En attendant, la crise libanaise et les ingérences étrangères empêchent la clarification des enjeux dans ce pays, poussent à des alliances contre nature. Pris entre la violence des conflits et la trajectoire historique mondiale globale, le monde arabe demeure coincé entre des économies de bazar pourvoyeuses en hydrocarbures, des forces de la spéculation dominantes et lesté par des idéologies conservatrices de nationalisme étroit et du poids de la régression islamiste. Il n’arrive toujours pas à se frayer un chemin et une place plus avantageuse dans ce monde. Cependant, n’est-il pas en train d’opérer, dans la douleur, sa transition vers la modernité ? En l’absence d’alternatives démocratiques et de progrès, et en l’absence d’une cristallisation des forces socioéconomiques de la modernité et de la démocratie, il reste prisonnier des forces passéistes et conservatrices qui font violence aux aspirations grandissantes des sociétés arabes et au mutations socioéconomiques et démographiques. Handicapés par le type d’insertion dans la division internationale du travail et la domination des forces socioéconomiques de la spéculation et de l’économie de bazar, les pays arabes n’arrivent pas à s’insérer dans la sphère de redéploiement de l’activité industrielle comme celle de l’Asie du Sud-Est, ils se confinent, comme région de consommation et de distribution des marchandises étrangères, dans un rôle d’approvisionnement en hydrocarbures. Les aspirations des sociétés arabes sont contrariées par des facteurs à la fois externes et internes. Le choc subi par les agressions répétées d’Israël, par la politique hégémonique américaine et les luttes pour le contrôle des ressources pétrolières soumettent la région à une pression continue. L’incapacité des régimes arabes plus obsédés par le pouvoir que par de véritables politiques de développement, recourant souvent à la répression, les replis identitaires et communautaires, la montée de l’islamisme et du terrorisme posent des défis majeurs pour ces pays : sauront-ils s’insérer de façon plus avantageuse au processus de mondialisation, comme entités Etats-nations, ou seront-ils intégrés comme communautés, ethnies et confessions ? Auront-ils les ressorts, en appui sur leurs atouts géostratégiques, pour renouveler leur pensée et leur regard au monde, ou retomberont-ils dans la régression des idéologies archaïques ? La politique américaine et israélienne profitent de cette situation pour brandir le prétexte sécuritaire et la lutte contre le terrorisme et empêcher le processus de paix d’aboutir sur la base des droits inaliénables du peuple palestinien et la souveraineté des peuples de la région. Le nationalisme étroit idéologique comme ciment de la nation a montré non seulement ses limites, mais les dégâts qu’il a produit sur les consciences parce qu’il était incapable de répondre aux aspirations nouvelles des sociétés arabes, à leurs évolutions réelles et à leurs mutations socio-démographiques. Et au lieu de voir l’amorce d’alternatives démocratiques, ce sont les partis islamistes qui ont pris le relais pour pervertir davantage cette conscience et le combat pour la dignité, le progrès et le développement. Cependant il aisé de voir que souvent là où l’islamisme s’exprime de manière violente, les sociétés ont accumulé une expérience dans le processus de modernisation et de la maturation des contradictions de façon à mettre en danger les intérêts des forces conservatrices mises à mal. Le rôle des démocrates et des progressistes est de se pencher sur ces évolutions réelles et les traduire dans leurs discours et leurs pratiques au lieu de rester accrochés aux lèvres de ce que déclarerait tel ou tel dirigeant islamiste exprimant par là une fascination comme celle qu’exprimerait une victime pour son bourreau. Une telle mutation ne pourrait s’opérer que par une autre approche du politique et du religieux, présente celle-là dans les expériences collectives et individuelles des sociétés arabes. Cela passe certainement par la mise à nu d’une des plus grandes supercheries idéologiques, celle d’une affirmation contenue dans plusieurs Constitutions arabes : “L’Islam religion d’Etat”, les Etats n’iront ni au paradis ni en enfer en tant que tels, “ Koul ouahad yadkhoul fi kabrou”. A. M. [email protected]
Alger, le 19 février 2007 A. M.
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L’absence des perspectives et la dégradation des conditions de vie plongent la société dans un marasme ambiant dans lequel vivent les citoyens. Il est à la source tant de l'élévation du taux de suicides que du large mouvement désespéré des “harragas” auquel l'Etat ne réserve comme traitement que la poursuite pénale pour les jeunes qui “s'en sortent” saufs mais pas nécessairement sains ; par ailleurs, des pans entiers de la société préfèrent les émeutes et les mouvements de contestation exprimant ainsi leur perte de confiance dans les institutions et les instances “élues” et n’ayant d’autres recours pour poser leurs problèmes face au verrouillage de la vie politique et démocratique que ces formes extrêmes. Le pouvoir et le système d’Etat, incapable de comprendre une société travaillée par les mutations démographiques sans précédent et une expérience accumulée dans le feu du combat contre l’intégrisme totalitaire, essaie de la maintenir prisonnière de structures obsolètes et d’un type d’organisation sociétale éculé et aggrave ainsi la crise qui secoue le pays. L’Algérie est en train d’achever la transition démographique générant de nouveaux besoins : la scolarisation des filles, le recul de l’âge de mariage et la baisse de natalité qui leur est conséquente, la généralisation de l’organisation familiale cellulaire. Ces mutations démographiques et de la famille rendent obsolètes toutes les formes d’organisation sociétales et juridiques en vigueur, induisent des changements structurels sur les mentalités et les besoins nouveaux incompressibles des citoyens. Elles ne manqueront pas de bouleverser la structure du marché du travail et créent objectivement les conditions d’amorce des processus d’individuation qui fondent l’émergence de la citoyenneté et d’une société civile moderne. Le pouvoir fait le pari périlleux de maintenir les anciennes solidarités, des lois éculées d’un autre âge et met sérieusement en péril les fondements modernes de refondation de l’Etat-nation dans un contexte de mondialisation accélérée. Dans ces conditions, notre société résiste et poursuit ses combats multiformes, à l'exemple des récentes luttes des enseignants du secondaire, dont le technique, et du supérieur, des luttes sociales locales qualifiées injustement d'“émeutes” qui agitent diverses villes du pays, des grèves des travailleurs, des initiatives citoyennes locales, des multiples débats engagés sur des questions sociétales, des écrits courageux de nombreuses personnalités, etc. Elle se bat pour se sortir de la gangue rentière et de la chape de plomb auxquelles le pouvoir islamo-conservateur s’acharne à la soumettre. Dans le mouvement inégal et non linéaire de ses luttes et résistances, elle initie des processus d’émergence de nouveaux leaders de la société civile, produit les embryons de ses propres formes d'organisation, expérimente ses propres formes de lutte et interpelle, plus fortement, ses forces démocratiques à se ressaisir. Elle les interpelle à lutter pour sortir des griffes de la toile d'araignée dans laquelle le pouvoir essaie toujours de les emprisonner, à redoubler de vigilance pour contourner aussi bien les rets qu’il tisse et ses tentatives tant de les maintenir divisées ou de “normalisation” de celles, organisées, qui ne cautionnent pas ses parodies électoralistes. Elle les interpelle, enfin, à unir leurs énergies et à se remobiliser pour donner un coup d'arrêt au processus de déliquescence qui mine notre pays et engager de manière autonome, avec et pour elle, une véritable alternative démocratique de sortie de crise. Il est aisé de percevoir que la ligne de clivage essentielle qui, loin de se réduire à une participation ou non aux élections, se rapporte, au contraire, aux conditions d’exercice réel de la démocratie, de réalisation de la citoyenneté et des libertés démocratiques et d’organisation, la liberté d’expression. La démocratie ne se réduit pas à un acte de vote amputé des droits élémentaires à la parole et à l’organisation. Ceux qui se battent l’ont bien compris. Ceci explique pourquoi la tendance lourde est à l’abstention et au boycott. La démocratie, comme la modernité, est une ensemble de valeurs, de discours et de pratiques qu’on ne peut saucissonner sans risque de les pervertir, elles ne sont pas en opposition à notre patrimoine, à notre histoire ; bien au contraire, elles sont la condition de leur réappropriation et la base de toute projection dans l’avenir. Seule une large mobilisation autour des libertés démocratiques et politiques, pour le droit à l’organisation autonome syndicale et citoyenne, pour le droit à la grève, la dépénalisation du délit de presse, contre le déni de justice et les poursuites judiciaires contre eux qui luttent quotidiennement, pourrait amorcer un véritable processus qui redonnerait au suffrage universel son essence démocratique. Les syndicats, les associations féminines, les associations de la société civile, les mouvements contestataires, les patriotes et les familles victimes du terrorisme, le capital productif public et privé, les forces du savoir et de la science constituent la base sociopolitique et économique des démocrates. La tâche la plus urgente est de construire, avec ces forces, le large rassemblement, et non pas leur tourner le dos pour d’hypothétiques parodies électorales qui reproduisent la crise. Le renforcement de l'intégrisme religieux dans les institutions incarné, entre autres, par la cooptation d'un de ses éminents représentants à la tête du gouvernement et son déploiement dans la dynamique de la consolidation de l'alliance islamo-conservatrice au pouvoir est une confiscation de la victoire sur le terrorisme intégriste et se situe en porte-àfaux par rapport à l’expérience de la société et l’évolution de la conscience sociale. L’islamisme saisit la perche, par sa politique entriste et la pression terroriste et idéologique qu’il exerce, et tente de se redéployer et de reconquérir les positions qu’il a perdues dans la société profitant des concessions répétées que lui fait le pouvoir et la tétanisation de la classe politique. Il profite aussi du recul de la vigilance théorique et pratique des forces démocratiques, banalisant le retour de Kébir et l’accueil qui lui a été réservé, les déclarations des chefs de file de l’islamisme et du terrorisme comme si aujourd’hui la solution viendrait de ceux-là mêmes qui ont mis le pays à feu et à sang. La persistance du terrorisme islamiste, malgré sa mise en échec par la résistance multiforme de la société, de l’ANP et des forces de l’ordre, a été ravivée grâce à la “concorde civile” puis à la “charte” dite “pour la paix et la réconciliation” qui se sont traduites en grâces amnistiantes et en privilèges, exorbitants jusqu'à l'immoralité, accordés à ceux d'entre eux en détention. La dernière vague des attentats terroristes à Tizi Ouzou et Boumerdès, par leur ampleur et la logistique qui leur est sous-jacente, témoignent de l’échec de la politique dite de “réconciliation nationale”. Ce sont là ses seuls résultats palpables. Les citoyens, les patriotes, les familles victimes du terrorisme sont certainement ceux qui forment l’ensemble des indésirables et des exclus de cette réconciliation. Tous ceux qui ont combattu le terrorisme, dans et en dehors des institutions, dérangent. L’alliance islamo-conservatrice et à travers la politique dite de “réconciliation nationale” constitue l’essence et la raison idéologique de ce pouvoir : le discours et les pratiques rétrogrades des appareils idéologiques de l’Etat sont mis au service de l’embrigadement de la société ; la répression de toute forme de contestation systématique devient le rapport privilégié du pouvoir avec la société. Enfin, les intérêts étroits de la rente avec les secteurs de la spéculation inféodées au capital financier international fondent sa base économique. Le pouvoir, par sa démarche, marginalise les forces socioéconomiques porteuses de changement, les forces du travail, du capital et du savoir. Tout est fait pour maintenir l’Algérie sous la domination des forces islamoconservatrices et la confiner dans un rôle de pourvoyeur en hydrocarbures. Véritable procès ou parodie de justice, le procès de Khalifa est censé témoigner de la volonté du système à s’attaquer au phénomène de la corruption qui a tendance à devenir institutionnelle et structurelle. Il ne doit pas et ne peut être l’arbre qui cache la forêt. La corruption fait rage. Elle n’est pas une “déviation” du système, elle est inhérente à sa nature. La politique qui marginalise et isole toutes les forces de la production et du savoir ne peut qu’instituer la corruption comme mode généralisé de rapports sociaux et politiques. La création du groupe Khalifa était conçue comme un signal fort en direction des investisseurs aussi bien nationaux qu'étrangers. A un moment de grand besoin d’investisseurs, ce groupe était censé témoigner de la conversion du système au libéralisme. Pour cela, il fallait que toutes les institutions de l’Etat s’impliquent. Très vite, des pans entiers du système ont saisi l’opportunité pour recycler les énormes fortunes acquises dans des conditions plus que discutables. Cette opportunité ne pouvait pas ne pas se transformer en une gigantesque entreprise de rapine et de vol à ciel ouvert qu’il est vain de vouloir attribuer à une seule personne ! Les Algériennes et les Algériens n’ont que faire d’un “procès” qui se noie dans un amas de détails qui, malgré leur croustillant, ne restent que des détails qui captent l'attention mais n'étanchent pas la soif de vérité et de justice, ni qu’il fasse écran sur d’autres affaires scandaleuses comme celle de BRC, ni encore moins de savoir si la réglementation a été suivie à 50 ou 80%. Ce qui les intéresse, c’est d’avoir des réponses à des questions simples : qui a ordonné les dépôts des fonds de la Cnas, de l’OPGI et autres institutions de l’Etat dans El Khalifa Bank ? Pourquoi les autorités ont laissé des énormes sommes sortir illégalement du territoire national ? Qui a couvert de pareils agissements et rendu inopérante l’action des institutions légales prévues à cet effet ? A toutes ces questions, le procès répond par des silences gênés. Par contre, ce sur quoi va déboucher ce procès avec certitude, ce sera l’approfondissement du divorce entre l’Etat et la société et l’accentuation du discrédit de la justice. Parce qu’avec toutes les précautions prises pour que ce “procès” ne dévoile rien des secrets de système qui entourent cette affaire, une partie du voile s’est déchirée. Par petites bribes, les secrets du sérail commencent à sortir. Non seulement ces révélations ne sont pas l’émanation des institutions de l’Etat, mais au contraire, ces dernières sont instrumentalisées pour empêcher la vérité de se manifester, le divorce entre l’Etat et la société ne peut que s’élargir.
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| Paru le : 23-02-2007
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