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FIDEL CASTRO, CUBA ET LES ETATS-UNIS par Salim Lamrani

 

FIDEL CASTRO, CUBA ET LES ETATS-UNIS

Conversations avec Ricardo Alarcón de Quesada

Président de l’Assemblée nationale cubaine

 

Nouveau livre de Salim Lamrani

 

Extrait n° 2

 

L’émigration cubaine vers les Etats-Unis : réfugiés politiques ou émigrants économiques ?

 

 

         Salim Lamrani : M. le Président, le fait que tant de Cubains vivent à l’étranger ne démontre-t-il pas clairement qu’il y a une fracture entre le gouvernement de La Havane et les exilés de Miami. Si la Révolution était bonne, toutes ces personnes n’auraient pas fui Cuba. Près de 10% de la population se trouve aux Etats-Unis.

 

         Ricardo Alarcón de Quesada : Tout d’abord, laissez-moi vous dire que si le nombre de personnes qui émigrent vers une autre nation constituait un thermomètre apte à mesurer la légitimité d’un régime, très peu de gouvernements dans le monde pourraient se considérer légitimes.

L’émigration n’est pas un phénomène cubain.

Tout cela s’explique par le rôle que joue cette mafia d’origine cubaine qui est, en réalité, un instrument de la politique étasunienne. Un des éléments-clés de cette propagande a été de présenter et de manipuler le thème de l’émigration.

D’une part, le célèbre chiffre de 10% est erroné. Durant des années, on a parlé de millions de Cubains qui auraient quitté leur pays, et selon la mafia de Miami, ce facteur reflèterait une répulsion pour la Révolution cubaine.

En réalité, cet argument est totalement erroné car le nombre de Cubains ayant quitté l’île, non pas depuis 1959 mais depuis le début de l’histoire de l’émigration cubaine vers les Etats-Unis, ne dépasse même pas le million de personnes. C’est l’élément le plus clair, le plus révélateur de la manipulation de l’information relative à Cuba.

Cette manipulation des faits est utilisée comme une arme contre la Révolution cubaine.

 

         Salim Lamrani : Mais quels éléments concrets pouvez-vous avancer pour soutenir vos propos ?.

 

Ricardo Alarcón de Quesada : Il est extrêmement facile de retrouver les données concernant l’émigration cubaine. C’est un travail enfantin, très aisé à effectuer.

Si vous voulez savoir le nombre d’émigrants présents en France, en Italie ou aux Etats-Unis, il suffit de consulter les statistiques officielles de ces pays, régulièrement publiées et accessibles à tous.

Chaque nation effectue un recensement de la population tous les dix ans. Les services d’immigration étasuniens disposent d’un site Internet où ces données très intéressantes sont disponibles.

Jetons un œil au dernier recensement datant de l’année 2004. Pour la première fois, le nombre de personnes qui sont classées comme étant d’origine cubaine atteint le million. Pour la première fois, alors que cela fait près de 40 ans que l’on entend dire que plus d’un million de Cubains sont partis vers les Etats-Unis.

Permettez-moi également d’expliquer qui les services d’immigration classent en tant que Cubains. Tout d’abord, se trouvent les personnes nées à Cuba. Ensuite, se trouvent également les descendants de ces personnes, même s’ils sont nés aux Etats-Unis.

 

Salim Lamrani : Il y a eu plusieurs vagues d’émigration vers les Etats-Unis.

 

Ricardo Alarcón de Quesada : En effet, toutes ces personnes n’ont pas quitté Cuba juste après le triomphe de la Révolution. Je connais moi-même certaines personnes d’un âge avancé qui ont émigré aux Etats-Unis avant la Révolution.

Vous imaginez bien que les descendants de ces personnes qui ont quitté Cuba avant 1959 sont très nombreux, et leur présence là-bas n’a rien à voir avec la Révolution.

En réalité, si l’on procède à une analyse objective de ce thème, la conclusion sur laquelle on débouche est complètement à l’opposé de ce que l’on raconte. Cuba n’est pas un pays où il existe une tendance particulièrement forte à émigrer en comparaison avec d’autres pays de la région.

Evidement, l’émigration y existe comme dans n’importe quel pays du monde, mais comparée à celle d’autres pays de la région, elle est très faible et constitue presque une exception.

C’est sans doute le pays où la tendance à l’émigration est le moins développée, malgré tous les facteurs objectifs qui incitent à l’émigration et qu’il conviendrait d’analyser.

 

Salim Lamrani : D’autres pays émettent-ils plus d’émigrants que Cuba ?

 

Ricardo Alarcón de Quesada : Appliquons votre hypothèse au Salvador, pays qui possède plus de citoyens résidant à l’étranger qu’à l’intérieur, au Nicaragua ou au Costa Rica : si le nombre d’émigrants confirme l’échec d’un régime politique et social, je crois que les chiffres montrent l’échec des régimes de ces pays en question et le succès du régime de Cuba.

Les conclusions à tirer sont contraires aux présupposés et aux idées reçues car les chiffres démontrent clairement qu’il y a moins d’émigrants d’origine cubaine que d’émigrants des autres nations latino-américaines.

L’information est accessible à tous, et cet argument est très illustratif de la manipulation de la réalité cubaine. Ce thème est un vrai délice, car si l’on suit la logique avancée par certains, mais données en main, on en arrive à un résultat inverse. De plus, les seules sources sont des sources étasuniennes, donc irréfutables.

 

Salim Lamrani : Cuba a historiquement été un pays d’émigrants.

 

Ricardo Alarcón de Quesada : L’origine de Cuba en tant que nation provient de la colonisation européenne. Historiquement, il y a eu un mouvement continuel d’émigration et d’immigration.

Tout d’abord, il y a eu les esclaves africains, les Haïtiens, les colons français lors de la Révolution haïtienne, les grandes émigrations espagnoles lors de la colonie.

Ensuite, sous la République, des dizaines de milliers de Galiciens et d’Andalous ont fui la crise espagnole.

Par ailleurs, nous disposons réellement de données impressionnantes sur cette époque. Où va José Martí pour organiser le Parti révolutionnaire cubain à la fin du XIXe ? Aux Etats-Unis. Il aimait beaucoup la société étasunienne car de nombreux Cubains y résidaient.

Il existe des textes espagnols datant de la période de la colonisation de Cuba qui fournissent des données très intéressantes. Par exemple, entre février et septembre 1869, plus de 10% des Cubains vivaient aux Etats-Unis, selon un célèbre document sur l’histoire de la guerre d’indépendance à Cuba publié à Madrid au XIXe siècle.

Entre février et décembre 1869, près de 100 000 Cubains - j’insiste bien, 100 000 Cubains - ont émigré vers les Etats-Unis uniquement par le port de La Havane, un nombre équivalent à l’émigration de Mariel en 1980. Il convient cependant de souligner qu’à cette époque, la population complète de l’île, y compris les Espagnols, les esclaves et les créoles atteignait à peine un million d’habitants.

 

 

 

Préface d’Ignacio Ramonet

 

280 pages

 

Editions Le Temps des Cerises

 

Prix : 15€

 

Ce livre est disponible auprès :

        

         -Le Temps des Cerises (tarif réduit à 12€ pour groupes et associations)

         - www.amazon.fr

         - www.fnac.fr

         -de l’auteur pour dédicace : [email protected]

 

 
  Paru le : 03-04-2007 Auteur : | Source :

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