Flash Edito Sommaire
du numéro 10
Le pharaon de Faidja
Faidja est la commune la plus riche de la wilaya de Tiaret. L’oléoduc qui mène le pétrole et le gaz vers Arzew y est pour quelque chose. Un pactole dans les caisses de la commune et pourtant la misère y règne ; alors qu’un gros nabab se remplit les poches, avec le soutien complice des autorités.
Abbés Kerrak : victime de la hogra
Un élu suspendu, de la manière la plus arbitraire, de ses fonctions de chauffeur dans la commune de Faidja, où il travaille en qualité de chauffeur titulaire depuis 26 ans.
Les yeux de Ammi Kaddour
Regardez les et vous découvrirez le jour !
Sougueur
A Sougueur nous étions réunis pour constituer le CLOA de Sougueur, et nous avons été plus loin.
Tiaret
Le concept de Forum n’est pas étranger à la culture politique de la ville de Tiaret, puisque par le passé, cette forme d’action a existé.
Le forum de l’époque s’appelait « Tiaret demain » et les problèmes de ce temps là, étaient : l’urbanisme chaotique et débridé, l’alimentation en eau courante, les transports urbains, le logement social…
El Aouana
Le Camp de la jeunesse maghrébine se prépare…
Travailleurs non payés en grève de la faim !
Payez nous avec de la farine !
Et pourtant les caisses de l’Etat débordent !
En famille, avec leurs enfants, faisant la grève de la faim, en ce 1 mai devant la centrale syndicale, des travailleurs de l'usine Mahira de Frenda ex Sonipec criaient a qui voulait les entendre leur colère....
Ils n'ont pas été payés depuis 18 mois.... ils voulaient s'entretenir avec les responsables de la centrale syndicale de leurs problèmes ; personne ne voulait les recevoir ...on ne reçoit pas des gens en colère et qui ont faim en ce jour de fête, voyons!
Invités par un collaborateur d'Alger Républicain à venir se joindre aux travailleurs et amis du journal , ils ont présidé la manifestation.
L'un d'eux, technicien supérieur de son état, ayant fait sa formation en ex Yougoslavie, prenant la parole, éclata en sanglots........nous sommes venus en famille demander le versement de nos dix huit mois de salaire ? certains de nos camarades à Frenda sont dans le dénuement total ; ils mangent de l'herbe mes amis! Nous nous sommes déplacés au SGP pour leur dire si vous n'avez pas de liquidités, payez nous avec de la farine ...nous crevons de faim !
Les travailleurs de Frenda ,au contact de ceux du port d'Alger ,d'El Achour de l'usine caprice et d'autres militants jeunes de l'association estudiantine Nedjma, militants de la cause des travailleurs et du progrès social dans notre pays ont été ravis de faire la rencontre de cette grande famille solidaire de leur cause, et découvrir un journal qui porte leur voix !
Ils ont été ravis de la solidarité du représentant du FDLP et de prendre connaissance des dures luttes des travailleurs des territoires occupés, et de la nécessité de l'unité ouvrière arabe contre l'impérialisme.
Sur place, une quête a été effectuée pour leur venir en aide immédiatement....! la solidarité des travailleurs est irremplaçable ! ils se sont promis de continuer leurs luttes en sachant qu'ils ne seront plus seuls....et que cette chaîne fraternelle de solidarité doit se fortifier et s'agrandir ; il y va de la survie des salariés face aux prédateurs des richesses de ce pays et ce capitalisme féroce qu'on leur impose !
Fateh Agrane
« Si tu signes le retrait de confiance…
je suspends ton salaire ! »
Tels sont les propos tenus par le maire de Faidja, daïra de Sougueur, wilaya de Tiaret, à Abbas Kerrak, élu, membre de l’Exécutif communal et chauffeur titulaire de la dite APC depuis 26 ans.
Il est père de sept enfants à nourrir et n’a pas perçu son salaire depuis juin 2004 soit 23 mois. Tout cela parce qu’il a osé signer le retrait de confiance avec les six autres membres de l’Exécutif excédés par l’autoritarisme et la corruption du maire.
Jusqu’à aujourd’hui aucune décision de sanction ni de décision de licenciement n’ a été signifiée à Abbés.
C’est le règne de l’arbitraire et de la hogra à l’état pur !
Les membres des collectifs de Tiaret et de Sougueur vont lancer un appel autorités locales de la wilaya de Tiaret pour la régularisation de la situation de Abbas Kerrak, car nul ne doit être au dessus de la loi.
Fateh Agrane.
Le Pharaon de Faidja…
Faidja est une petite commune de 5.000 habitants de la daïra de Sougueur, wilaya de Tiaret. C'est aussi la commune la plus riche de la wilaya. Le pipe menant le pétrole à Arzew la traverse de part en part et lui fait engranger un pactole de plus de 5 milliards de dinars ; pourtant les gens sont pauvres, n'ont pas d'eau et souffrent de l'arbitraire d'un maire obsédé par la rente.
Pour chercher de l'eau les paysans doivent se déplacer sur près de 70 km. Invraisemblable! mais c'est le réel vécu par les habitants d'El Guelta, un lieu dit, à environ vingt kilomètres de Faidja. Tandis que le maire se remplit copieusement les poches.
Un véritable pharaon des temps modernes qui sévit dans l'arbitraire le plus total, contre tous ceux qui s'opposent à sa politique de grand prédateur. Comme Kourek Abbés, dont Fateh vous a parlé plus haut. Nous avons décidé d’en faire un cas emblématique. Les militants de Sougueur et de Tiaret, où deux Collectifs d'animation du FSA viennent de naître, ont pris la décision de l'aider devant les autorités de la wilaya.
SMB.
Toujours à Faidja…
LA BOUTEILLE DE GAZ à 400DA !
Pour acheter et faire parvenir une bouteille de gaz à El Guelta, à 20 km de Faidja il faut traverser une piste rocailleuse et défoncée. Les paysans dépensent 250 da pour son achat et 150 da pour le transport, soit 400 da au total.
A El Guelta, la seule école a fermé ses portes et les enfants sont sacrifiés ; le seul enseignant qui venait une fois par semaine y faire une classe unique, a cessé de le faire, faute de moyens de transport.
Vivons nous dans un même pays ?
Le jour où des écoles privées ont été fermées, kamet el kiyama.
Les enfants d'El Guelta ne méritent ils pas de bénéficier des mêmes services et de la même protection que les autres enfants algériens fréquentant l’école publique ?
Fateh Agrane.
Portrait
Ammi Kaddour de Faidja
Ammi Kaddour, Sabrani de son nom, a plus de 75 ans. Il vit avec sa vieille femme à El Guelta, lieu dit de la commune de Faidja. Les habitants de ce hameau le prennent en charge, car dépourvu de tout moyen de subsistance.
Lors du dernier ramadhan, il a été inscrit sur une liste de nécessiteux pouvant bénéficier du fameux couffin de la solidarité. Ammi Kaddour habite une vielle masure faite de bric et de broc. Lorsque vous la regardez de loin, elle vous donne l’impression qu’elle va s’effondrer, pour ne pas déranger l’horizon. Tout autant que lui, assis au fond de la salle où nous étions réunis, avec ses yeux vitreux et fatigués, nous portant en absence. Et pourtant si présents, pour nous dire ce que les paroles ne peuvent plus porter et son cœur supporter.
Des yeux inventant un appel venu de l’âme qui refuse de s’éteindre, avant le dernier souffle. Je vous entend alors que vous me supportez, semblait-il nous dire, du fond de son absente présence !
Ammi Kaddour a été dépossédé de son couffin de ramadhan. Par qui ?
Chaque fois qu'il s'est présenté on lui a rétorqué que son couffin a déjà été pris.
Ammi Kaddour habite à 20 km du siège de la commune. Après plusieurs démarches, sans moyens pour pouvoir se déplacer et de guerre lasse, il a fini par abandonner son couffin aux « ouaquallin el djifa » !
Dites moi, qui a pris le couffin de cet homme, assis tout au fond du monde, avec ses yeux vitreux et fatigués qui nous portaient plus loin que l’horizon de sa vieille demeure tombant en ruine sur un horizon teigneux en ce soleil d’avril, de sève et de bourgeons.
Qui est responsable de ce rapt de la honte ?
Les paysans assemblés autour de lui, nous l’ont dit. C’est un ami du premier responsable de l'APC.
Y… nous l’a dit « Vous ne me croiriez jamais…c’est un ami du maire…il avait l’habit faste
la main leste et dérobeuse, et pourtant… il était si bien habillé qu’on lui aurait donné la Mecque sans ablutions !
Fateh et Baghdadi
Sougueur
A Sougueur nous étions réunis pour constituer le CLOA de Sougueur, et nous avons été plus loin. Voici quelques flashes de notre débat.
Organisation politique
La situation de l’APC est toujours la même ; les seules évolutions constatées sont relatives à la période préélectorale. Le FIS se prépare à participer aux prochaines élections communales, on ne sait sous quelles formes, mais la position est bel et bien affirmée au sein de ses troupes.
Les présents à la réunion pensent qu’il est possible d’influer sur le cours et l’issue des élections dans la mesure où elles venaient à se dérouler normalement. Tout le monde veut le changement, mais bien peu de citoyens consentent à s’engager pour y parvenir. La peur et la division des rangs, sous différentes forme, y sont pour beaucoup.
Peuple et pouvoirs publics
Le peuple continue de souffrir sans grand espoir de se faire entendre.
Les élus loin d’être au service du peuple sont au service de leurs propres intérêts et de ceux de leurs parrains.
Ceux qui résistent à l’ordre établi sont traités de « voyous » et d’empêcheurs de tourner en rond. Ce sont ces images négatives que le pouvoir veut projeter dans l’esprit des habitants de la commune. Représentations loin d’être conformes au réel mais qui, objectivement, n’en constituent pas moins une arme redoutable entre les mains des autorités. Elles finissent par produire leurs effets tant sur le peuple que sur les intéressés eux mêmes.
Et pourtant, le contraire se manifeste toujours. Dernièrement, un feu s’est déclaré en ville. Parmi les responsables communaux nul n’a bougé. Seuls les citoyens sont intervenus pour circonscrire le sinistre.
S’approprier l’histoire
Lors de la commémoration du premier Novembre 2005, des citoyens ont demandé à organiser une semaine d’activités historiques, culturelles et sportives pour célébrer l’événement.
Pour organiser leur semaine, ces citoyens ont obtenu 180.000 da. Par ailleurs, les organisations de la « famille révolutionnaire » - considérés par tous comme une organisation prédatrice se servant de la « légitimité révolutionnaire » pour parvenir à ses fins : s’accaparer la rente - ont dépensé, pour une seule journée, 1.830.000 da. No comment et vive la révolution qui troque ses valeurs.
L’emploi, la culture et les jeunes
Malgré la bonne volonté des jeunes, l’état de l’emploi et de la culture dans la daïra, laisse à désirer.
Toutes initiatives citoyennes sont découragées. Mieux, ceux qui les prennent sont soit menacés, soit traduits devant la justice, tel NRD qui s’est vu écoper de 6 mois de prison ferme pour avoir voulu intervenir, dans l’intérêt général, dans une affaire de conduite d’eau menaçant la santé des citoyens.
Favoritisme…
clientélisme, régionalisme et népotisme régulent les problèmes de l’emploi à Sougueur.
Notamment en milieu de jeunes où le chômage des jeunes cadres est monnaie courante. L’opération « Blanche Algérie » est détournée de ses véritables objectifs. D’ailleurs, en elle même, elle n’est que cautère sur jambe de bois, du fait de sa non durabilité dans le temps ; le temps d’apaiser la colère et de faire en sorte que les yeux se détournent de l’essentiel.
Les décisions
Le Collectif Local d’Organisation et de d’Animation (CLOA) est constitué.
Il s’est déjà donné pour tâche d’établir la monographie de la daïra, à savoir, recenser l’ensemble des problèmes et difficultés rencontrés par la population, en vue de l’interpellation pacifique des pouvoirs publics, pour les résoudre.
Le CLOA s’est donné un délai d’une dizaine de jours pour y parvenir sur la base d’ un démarche normalisée.
Tiaret
Le concept de Forum n’est pas étranger à la culture politique de la ville de Tiaret, puisque par le passé, cette forme d’action a existé.
Le forum de l’époque s’appelait « Tiaret demain » et les problèmes de ce temps là, étaient : l’urbanisme chaotique et débridé, l’alimentation en eau courante, les transports urbains, le logement social…
Tiaret aujourd’hui…
Les problèmes d’hier sont toujours là.
Ce qui est toujours présent, également, c’est cette volonté de vouloir les résoudre, mais avec des forces neuves et de nouvelles démarches tenant compte des mutations de la société et de l’état des consciences.
Ce qui est toujours présent, mais avec plus d’acuité et une pression croissante, ce sont les rapports de plus en plus contraignants et oppressifs entre l’administration et la société.
La volonté de changement est présente au sein du corps social, mais elle est loin de trouver le climat et les conditions favorables pour s’épanouir. Elle est constamment découragée par les pratiques et tracasseries d’une administration plus tatillonne que jamais.
Et, en ces temps où la rente et la corruption fleurissent à l’ombre du pouvoir administratif et/ou politique, ce dernier est plus jaloux et crispé que jamais sur ses prérogatives.
Refus de citoyenneté
Les citoyens ont comme l’impression que les autorités, au lieu les encourager à prendre des initiatives et les développer pour le plus grand bien de tous, au lieu de leur faciliter la réalisation de leurs entreprises, font au contraire tout pour les réfréner et les décourager.
On dirait que ces derniers ont peur de voir les citoyens assumer leurs devoirs et leurs responsabilités en évaluant leurs actions et en leur demandant des comptes ; car, en tout Etat de droit qui se respecte, des comptes devraient être rendus quelque part, surtout lorsque l’on est élu du peuple ou à son service (article 11 de la Constitution).
L’éducation au centre
L’éducation semble être au centre des préoccupations, notamment au sein de l’association de l’environnement, avec ses actions développées en direction des écoles ; lorsque l’éducation nationale permet l’accès à ses structures. Des expériences heureuses telles que celle de l’école Melakou sont tentées par cette association dont l’action gagnerait à être encouragée et étendue.
L’Université est-elle « out » ?
L’université voit les étudiants se concentrer, dans leur grande majorité, sur les problèmes d’études stricto sensu. Une partie d’entre eux « entrent en politique » par le biais de syndicats d’étudiants, toujours rattachés à un parti politique.
La division de la société politique est ainsi mise en marche dés l’université, pour la plus grande tranquillité des pouvoirs en place, appliqués à démanteler toute résistance et opposition, même embryonnaires.
Tiaret demain…
Malgré le temps limité, la rencontre a permis d’esquisser, les contours du Tiaret de demain.
Les générations du Tiaret d’hier n’auront totalement rempli leur contrat que dans la seule mesure où ils auront contribué à la formation des nouvelles générations. Face au système totalitaire qui s’est progressivement mis en place depuis l’indépendance, seule une saine éducation à la citoyenneté, menée de manière durable, pourra juguler les dégâts occasionnés.
L’Algérie verte !
C’est autour du concept « d’Algérie verte », intégrant les domaines complémentaires de la préservation de la nature, de l’eau, de la santé, de l’économie, de la culture dans son sens le plus large, de l’éducation physique et de l’activité sportive populaire, constituant ainsi un système global d’éducation civique et de culture de la citoyenneté que pourra se forger, si les moyens lui en sont donnés, une initiative nationale forte.
Elle aura pour avantage de nous sortir de la crise que notre pays vit depuis des décennies.
Progression ou régression ?
Nous ne sommes pas en phase de progression a-t-on dit à Tiaret, mais en phase de profonde régression, parce que nous avons subi un profond mouvement de déculturation.
Depuis quinze ans, « la régression féconde », théorisée, souhaitée et promise par Addi Lahouari s’est progressivement installée et produit les effets dévastateurs connus de tous, mais dont nous n’avons pas encore mesuré les conséquences sur les enfants, les jeunes et les femmes surtout. Elle fut féconde en morts et en destructions de toutes natures ; en viols et en traumatismes dont les blessures demeureront probablement pour la vie.
Déculturation et anomie
La déculturation se produit soit, par un effondrement des valeurs, soit par la perte de repères forts, piliers de notre société, de son histoire, de son système de culture et d’éducation.
Il se produit ainsi une état d’anomie sociale que les islamistes tentent de transcender par le recours massif à la mosquée que relaie une école fermée, à la limite de l’autisme.
Et ils sont en voie de réussir leur pari. Il suffit de voir le comportement de nos femmes.
Les démocrates sont-ils toujours là ?
Comment du côté de ce que l’on appelle le mouvement pour la République, la démocratie et la citoyenneté, est envisagé l’avenir ?
Le débat a fait ressortir, notamment à Sougueur et Tiaret, que la démobilisation de la société civile est une représentation illusoire et que sous la croûte de jours identiques et cette acceptation de façade du sort fait aux enfants de notre peuple, se cache une volonté de changement indiscutable.
Les émeutes nées ici et là, à travers le pays, la manifestent et l’illustrent, de manière désordonnée et violente certes ; mais elles sont de plus en plus fréquentes et ne pourront être étouffées pendant longtemps, même si le pouvoir, au lieu de choisir la voie du dialogue, fait toujours le mauvais choix de la répression, de la violence et de procès expéditifs.
Cela ne laisse rien augurer de bon pour l’avenir, pour peu que les pyromanes d’hier, encouragés par les pratiques réconciliatrices d’un Etat ayant abandonné l’essentiel de ses pouvoirs régaliens, décident, encore une fois, de mettre le feu aux poudres.
Le Forum Social, là où il se trouve, doit aider ….
n à formuler, pacifiquement, les questions sociales les plus préoccupantes,
n à construire les alternatives que la société secrète par ses résistances et ses refus, ses actions et ses réflexions, et ….
n à définir les formes de lutte et d’interpellation des pouvoirs publics qui doivent sortir de leur attentisme et de leur incurie, mettre fin à la prédation des biens du peuple et à la corruption.
Les décisions
n Le CLOA de Tiaret est constitué et a désigné son animateur.
n Le cas de Djezzia a été réglé, puisqu’elle a repris le chemin du lycée.
n La Fondation de la « mère et de l’enfant en détresse » est en voie de création
n Le projet l’Algérie verte peut devenir l’un des axes de réflexion et d’action du CLOA de Tiaret, dans un premier temps et être étendu par la suite.
Pétition des Démocrates Tunisiens
El Hadja Boudiaf du FSA de Constantine nous a envoyé le texte suivant émanant des démocrates tunisiens. Il interpelle à plus d’un titre, les démocrates algériens et arabes. Nous devrions en débattre ne perspective du notre premier FSA du mois de décembre 2006.
Qu’en pensez vous ? Cet espace est le vôtre ne l’oubliez pas.
A propos d’une dérive L’opposition tunisienne vit une recomposition sans précédent dans son histoire récente. Une profonde division est en train de cliver le paysage démocratique après l’« alliance » - plus ou moins avouée-, contractée par une grande partie de l’opposition avec le courant islamiste d’An-Nahdha.
Sans obédience partisane, mais appartenant à la famille de la gauche démocratique tunisienne, et croyant en sa pérennité comme un ferment de la culture démocratique en Tunisie, les signataires de ce texte tiennent à s’exprimer sur ce remue-ménage qui agite la gauche et toutes celles et ceux qui se réclament de la démocratie et de la laïcité en Tunisie :
1. Nous voulons, d’abord, réaffirmer que le cap d’une opposition ferme et sans ambiguïté à l’autoritarisme, à l’omnipotence du parti au pouvoir, à la privatisation rampante de l’Etat et à la corruption, doit être maintenu. C’est le seul choix pour redresser le pays, imposer le respect des droits humains, impulser une véritable démocratisation des institutions et engager la société tunisienne sur la voie de la justice sociale.
2. La liberté d’expression, la liberté d’association, l’amnistie générale et la libération de tout(es) les détenu(es) politiques, cette triple revendication est, en effet, le socle indérogeable pour toute vie démocratique future dans le pays et pour l’émergence d’une citoyenneté tunisienne véritable. C’est le sens même du combat de notre peuple pour l’émancipation nationale que le bourguibisme et ses avatars ont confisqué depuis l’Indépendance.
3. La citoyenneté c’est l’accès de toutes et de tous à tous les droits, pour reprendre le beau mot d’ordre de la LTDH. Toutes les Tunisiennes et tous les Tunisiens sans exclusives. La scène démocratique doit pouvoir accueillir toutes les sensibilités pour peu qu’elles acceptent la règle du jeu pluraliste et rejettent la violence et l’anathème. A cet égard, le mouvement islamiste an-Nahdha doit pouvoir jouir du droit à l’existence et à l’expression libre dans la légalité démocratique, au même titre que toutes les composantes de l’opposition non reconnue ou à peine tolérée, et participer ainsi aux débats, à la confrontation d’idées, qui sont l’essence même de toute démocratie.
4. Le débat démocratique est une chose, l’alliance à tout prix en est une autre. Nous ne sommes pas convaincu(es) que l’option du « Collectif du 18 octobre pour les droits et les libertés » (relayé par une structure homologue à Paris) soit opportune ni pertinente. Que le mouvement an-Nahdha dise se rallier à la règle de l’alternance pacifique et s’abstenir de toute violence, qui s’en plaindrait ? Mais, pour que ce mouvement ait sa place au sein de la famille démocratique, il faudrait qu’il renonce à son projet d’Etat islamique dont on connaît les redoutables conséquences pour la démocratie et les droits humains. Auquel cas, an-Nahdha ne serait plus vraiment un parti islamiste. Et cela se saurait.
Au moment même où il célèbre les « épousailles » avec « l’opposition sérieuse », le mouvement an-Nahdha, par la plume de ses figures les plus autorisées, continue à vouer aux gémonies tous les démocrates et tous les ‘ilmaniyîn [1] et à se vanter du recul de la si haïssable « Ilmaniya » face à la déferlante islamiste dans le monde musulman.
Au moment même où il annonce sa conversion à un fiqh du « juste milieu » (wasat), il ne rate pas une occasion pour réaffirmer la fidélité aux pères fondateurs du fondamentalisme dans sa version la plus obscure.
Au moment même où il déclare son ralliement au règlement pacifique des conflits politiques, le mouvement islamiste tunisien ne renie pas son soutien aux fauteurs de guerres civiles et aux assassins de démocrates dans le monde musulman.
Au moment même où il proclame soutenir la cause des femmes et consentir au Code du statut personnel[2], il continue de « promouvoir la minoration » des femmes et, à l’occasion, de prôner la polygamie sous d’autres cieux.
Bref, les islamistes tunisiens acceptent tout mais ne renoncent à rien. Il ne s’agit pas d’une tactique du double langage, comme certains le leur reprochent, mais d’une politique double qui assume les deux volets : le démocratisme de circonstance et la fidélité à l’identité intégriste de l’islam politique. Finement théorisée, cette politique est légitimée par « la nécessité » (dharoura) et par la « naturalisation » du despotisme assimilé aux catastrophes et aux famines. L’alliance contre-nature avec les « Ilmaniyin » apparaît ainsi pour ce qu’elle est : une démarche dérogatoire pour faire face à une situation d’exception. En dehors de cela, l’identité est sauve et le programme d’islamisation de l’Etat et de la société est intégralement maintenu.
5. Que dire, dès lors, de la précipitation avec laquelle certaines formations politiques et associatives et certaines figures indépendantes connues pour leur attachement à la laïcité et à la démocratie ont signé ce qu’il faut bien appeler un manifeste d’alliance avec le mouvement de M. Rached Ghannouchi ? Appelons cela un syndrome… de maux récents ou ataviques :
· Passons sur le pari géopolitique autour de desseins imaginés pour nous par des puissances « tutélaires » et où la donne de « l’islamisme modéré » est considérée comme incontournable. Certains membres des « collectifs » ne s’en cachent pas. Ce n’est pas une raison pour soupçonner les autres. En tout état de cause, nous n’avons pas à sonder les intentions des uns et des autres et encore moins à pointer le « recours aux puissances extérieures » comme certains ont pu fâcheusement l’insinuer.
· Sans doute faut-il rapporter cette impatience à une volonté « de faire bloc » face à l’irrédentisme et aux exactions continuelles du pouvoir. Là encore, malgré les embarras de certains de nos amis qui récusent le mot « alliance », la démarche est symptomatique d’un vieux travers de notre gauche : le goût de la politique sans les idées ; en l’occurrence, il serait de bonne politique de « faire nombre » quitte à gommer les frontières entre la vision séculière de la politique et le fanatisme, entre l’horizon universaliste et l’enfermement identitaire, entre la religion et la théocratie ; en un mot, entre démocratie et non-démocratie.
· Ces démocrates donnent ainsi l’impression d’être dans l’incapacité de développer un projet alternatif et à la politique autoritaire du régime et au projet totalitaire de l’islam politique : quand la peur de l’islam politique l’emportait, certains se sont alignés derrière le pouvoir jusqu’à fermer les yeux sur sa politique répressive et ses violations inadmissibles des droits de la personne ; aujourd’hui, face à un pouvoir qui n’a rien compris, on tend la main aux islamistes.
· Peut-être faut-il y voir aussi les survivances d’autres mauvaises habitudes : la fébrilité, l’esprit de chicane et, pourquoi ne pas le reconnaître, la persistance d’une culture peu démocratique dans le traitement des divergences au sein de la gauche elle-même. Il est assez significatif d’entendre aujourd’hui les promesses péremptoires de débats de fond avec l’islamisme, alors que le même débat a été différé, sinon escamoté, au sein même de la gauche et de la mouvance démocratique.
· Ce qui est en cause, c’est peut-être la manière dont la gauche s’est convertie à la culture « démocratique » : le bricolage idéologique, l’occultation de la mémoire, Le mépris des intellectuels, considérés tout au plus comme des « idiots utiles », et plus généralement le divorce avec le monde de la culture… L’horizon du court terme toujours recommencé dans lequel la gauche se retrouve cantonnée, explique un peu l’alliance politicienne avec l’islam politique.
6. Débattre avec les islamistes ? Certes oui. La gauche ne peut éternellement camper sur une posture défensive. Il s’agit de faire un sort à l’insupportable procès en éradication intenté à toutes et à tous les démocrates et repris par certains de nos amis qui n’hésitent plus à annexer le registre islamiste. On le sait, les premières défaites commencent par les mots.
Le débat oui, car l’islam n’est pas l’islamisme et l’instrumentalisation idéologique et politique de la foi doit être récusée.
Le débat frontal est non seulement souhaitable mais nécessaire afin de redonner du sens au choix démocratique, de renouer avec les idées et les projets de société constitutifs de tout engagement à gauche. Ainsi seulement, nous pourrons contribuer à féconder une culture démocratique qui fait tellement défaut à la société civile tunisienne.
Le débat que l’on nous promet n’est pas de ce type : il postule le consensus avant toute discussion et finalise le débat d’emblée en nous mettant sur les rails d’on ne sait quel « pacte démocratique » avec l’islam politique. Ce débat est si mal engagé qu’il commence par exclure les composantes « récalcitrantes » de la société civile, à commencer par le mouvement féministe. Tout se passe comme si le « dialogue » contractuel avec l’islamisme prime tout autre impératif : la défense de la société civile et de ses acquis universalistes et laïques et, au-delà de tout, l’unité, dans la diversité, du camp de la démocratie.
7. Que l’on nous entende bien : de près ou de loin, nous avons partagé les rêves, l’aventure et jusqu’aux déboires de la gauche tunisienne. Notre exigence procède de cet attachement. Nos inquiétudes aussi.
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