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Bulletin 28

Bulletin 28

Editorial

 

 

Hommage à…

 

Ammi Lakhdar Kaidi

 

Le jeudi 18 mai a la Bibliothèque Nationale du Hamma, ammi  Lakhdar Kaidi nous a reçu. il portait l’habit  neuf,  que le professeur Djabi Abdennacer,  sociologue, lui avait taillé, deux années durant, dans un entretien, fresque d’un monument du mouvement ouvrier algérien.

 

Il nous a reçu simplement et chaleureusement, au sein de sa famille, la petite et la grande , celle d’Alger Républicain son journal de toujours,celle des syndicalistes de Annaba, d’el Achour, de Boufarik, d’Alger, de Jijel…d’enseignant universitaires de chercheurs,…de ses camarades syndicalistes de la première heure,  Boualem Bourouiba et Abdelmadjid Azzi,  son compagnon  de la Fédération des Retraités.. de ses amis de l’ex direction du PAGS, du camarade du PST Chawki,  du commandant Azzedine, de Bererhi Abdelkak ,  Si Mohamed Baghdadi et Ait Mohamed Madjid du CCDR, …..de Redha Doumaz l’artiste du châab et du châabi, des représentants de Palestine,  du FDLP et  du Polisario……. de  son peuple palpitant !

Amine Zaoui,  Directeur de la bibliothèque nationale qui pour la circonstance a mis la salle et son grand cœur pour nous contenir ! dira lors de la séance d’inauguration sa fierté d’être avec ammi Lakhdar  et de servir la mémoire combattante de notre peuple…et ammi

Lakhdar parla de son enfance à Mila, de ses études a Constantine, de ses premiers pas dans le syndicalisme à Mila, sa ville natale, puis à Constantine, au Kouif, à El Oued ? à El Milia ? à Jijel,  à Alger, et partout où il y avait une cause de travailleurs à défendre…il  ne voulait pas admettre d’avoir interrompu ses études à Constantine car son père n’arrivait pas a subvenir a ses besoins scolaires, cette injustice l’a poussé au combat ; certains de ses compagnons, moins brillants que lui, ont fini leurs études pour devenir avocats ou médecins….ils avaient la chance d’avoir des parents aisés….a partir de ces moments et au contact de militants du PCA et des dures conditions des travailleurs ,il se forgea une conscience de classe et adhéra naturellement  au PCA…

Un moment de silence ! Peut être prenait il un verre d’eau ? ……Ce dont profita Safia pour lire un message de son camarade Boualem Khalfa ?

Elle a tenu à nous dire, avant lecture, qu’elle partageait avec l’auteur du message, au moins trois choses

Ils avaient été tous deux gardiens de but dans une équipe de foot, journalistes à Alger Républicain et partageaient le même idéal .

Et Zouhir d’intervenir, puis Bourouiba, puis Azzi ; et tous s’accordaient a dire que ammi  Lakhdar  était un communiste défenseur de la cause des humbles ; patriote parmi les patriotes, et que lors d’une rencontre à Paris avec une délégation de syndicalistes le Président de la République de l’époque de la guerre avait dit «  ….j’ai l’impression d’avoir eu affaire a un fellaga… »

 

hakda kèn ammi Lakhdar, hakda kènou les communistes algériens , saksou l’histoire, demandez à Yveton , demandez à Maillot, demandez à Inal ? demandez à Audin, et aussi à Rebbah, demandez aux c.d.l ;  ils ont les œillets rouges accrochés au veston de ammi Lakhdar….ils sont là dans la salle ; ammi Lakhdar les a convoqués sans nous le dire ;  il n’avait pas besoin de le dire…

et le baroudeur Azzedine parla de l’indépendance ; pour nous dire ce que lui et certains de ses compagnons avaient fait pour que le syndicat  soit démocratique ; comment il fut évacué de la salle. Puis, se tournant vers Boualem Bourouiba, il lui demanda  de témoigner

Oui ! l’UGTA a été caporalisée, vidée de son âme, dès le début ; ammi Lakhdar assista certes  au premier congrès, mais en tant que journaliste d’Alger Républicain, en compagnie de son camarade et collègue  ammi Abdel Moumen.

Puis, le débat s’instaura. Et il se précisa que, depuis le début, le syndicat a été domestiqué par le pouvoir, malgré les grandes luttes menées par les travailleurs dans notre pays ; et que, plus que jamais, l’unité des travailleurs doit être le seul garant du progrès social en Algérie, et les luttes actuelles permettre à l’espoir de sortir de l’orphelinat …

Ammi Lakhdar nous a indiqué que chaque classe doit être défendue…..la nôtre est orpheline ; elle n’a pas de maison, elle n’a pas de parti.

Ammi Lakhdar, je dois t’avouer une chose :avec mes maigres lectures et pratiques, je ne suis jamais arrivé  à savoir ce qu’est un communiste algérien !

ça y est !…c’est fait !

Merci et au revoir Ammi Lakhdar…. !

 

 

                                                                                       Fateh Agrane

 

 

 

 

Sommaire

 

Vers El Aouana …

 

Pour le Camp de la Jeunesse Maghrébin

 

Serez en présence de la deuxième version de notre projet d’organisation du CJM, après la tenue de la réunion préparatoire, organisée sur les lieux mêmes du déroulement du CJM, à El Aouana, Bordj Blida, les 10 et 11 mai 2006.

Il faut le lire comme une sorte de compte rendu de cette réunion, puisque, la vingtaine de jeunes et seniors présents, ont examiné le document dans l’ordre où il leur fut présenté.

 

International

 

Echos du Forum Social Européen

 

Notre ami Sandro Guilia nous parle de ce qui fut essentiel au dernier Forum Social Européen.

« Une réussite même au de là des prévisions des organisateurs et des craintes  des européens snobs (français, anglais, italiens) qui avaient des préjugés sur les grecs et sur la composition de la coalition des organisateurs.

 

Une réunion du FSMED peut-être à Alger

 

Sandro, toujours lui, rend compte de la réunion du FSMED tenue à Athènes juste avant le FSE. Le GCI envisage de se réunir à Alger juste après la tenue du Premier Forum Social Algérien.

 

Etudes

 

Dans cette rubrique, qui a tendance à prendre de l’ampleur grâce à la participation de plus en plus suivie des intellectuels, une étude de Kamel Badaoui sur les travailleurs immigrés, puis celle de Ahmed Mahi sur les origines de la crise que vit notre pays depuis des décennies.

  

Les travailleurs immigrés, avec ou sans papiers, salariés ou chômeurs :

Même destin que la classe ouvrière

 

De Kamel Badaoui

 

Les travailleurs immigrés, avec ou sans papiers, salariés ou chômeurs : Même destin que la classe ouvrière

Aujourd’hui, on parle plus souvent d’immigrés et moins souvent de travailleurs immigrés. Ce n’est pas un hasard : l’intégration capitaliste par le travail est bien en panne.

 

Cette crise qui nous ronge

De Ahmed Mahi

 

La crise qui frappe sérieusement notre pays depuis plus d’une décennie perdure et ébranle dangereusement l’existence de notre Etat et de notre Nation. Les forces sociales et  politiques , dans notre pays , apparaissent comme désarmées et désorientées devant la forme, l’étendue , la profondeur et la complexité de cette crise.

Une crise politique et sociale relève , en général,  du mouvement  de la vie des sociétés et des nations. Elle apparaît ,selon les formes qu’elle prend tout au long de l’évolution historique , ,comme une période décisive ou périlleuse  de cette vie.

 

 

Camp de la Jeunesse Maghrébine

 

« Jeunesse maghrébine et alter mondialisme »

 

Vous êtes en présence de la deuxième version de notre projet d’organisation du CJM, après la tenue de la réunion préparatoire, organisée sur les lieux mêmes du déroulement du CJM, à El Aouana, Bordj Blida, les 10 et 11 mai 2006.

 

Il faut le lire comme une sorte de compte rendu de cette réunion, puisque, la vingtaine de jeunes et seniors présents, ont examiné le document dans l’ordre où il leur fut présenté.

 

Toutes les adjonctions, précisions ou développements sont en couleur.

                      

FINALITE DU PROJET

 

Le sens du projet fut précisé, au fur et à mesure du débat.

Les clarifications suivantes furent avancées:

 

La thématique

 

Pour l’organisation de ce Premier CJM, le texte de référence est constitué par la Charte des principes de Porto Alegre. C’est ce qui explique la thématique générale de ce camp :

« Jeunesse maghrébine et Altermondialisme ».

 

Il s’agit donc de la mise en oeuvre concrète des principes du mouvement altermondialiste dont se réclament tous les Fora Sociaux du Maghreb, déjà constitués, et les quelques Collectifs mis en place ici et là.

 

Nouvelles valeurs et nouvelle culture

 

L’ alter mondialisme fondé sur le mot d’ordre « un autre monde est possible » est en train de produire, nourri par de multiples expériences menées à travers la planète, un autre culture, faite d’ouverture, de solidarité, de liberté, de démocratie, de respect de l’autre, bannissant toutes formes de nationalisme ou de chauvinisme.

 

C’est cet état d’esprit qui devrait prévaloir tout au long du CJM.

 

Nouvelles formes d’organisation

 

Ce même état d’esprit devrait inspirer l’ensemble de l’organisation et du fonctionnement du camp, ainsi que les grands axes et le contenu du programme d’animation.

C’est ainsi que, pour ce qui de l’organisation des participants en groupes, nous proposerons la constitution de groupes mixtes comprenant un algérien, un tunisien, un marocain, un mauritanien, un sahraoui, un émigré et non de groupes constitués sur des bases nationales.

 

Le CJM doit symboliquement traduire l’abolition des frontières par le biais de ce procédé de constitution des groupes.

 

Nouveaux principes de fonctionnement

 

Pour ce qui est du fonctionnement, la culture altermondialiste consacre les principes de l’autogestion dont nous tenterons de faire prévaloir l’application tout au long du camp.

Sans oublier d’être conscients et vigilants, du fait que les anciens schémas, démarches et méthodes seront toujours présents dans les représentations des uns et des autres.

 

C’est à la lumière de ces nouveaux éclairages que le projet a été revu.

 

 

LES FRUITS DU DEBAT d’EL AOUANA

 

 

Sur chaque point de l’ordre du jour, le débat fut très riche, et de nombreuses propositions furent avancées.

 

Nous les avons regroupées sous les rubriques suivantes :

 

1 - Concernant le FSA de manière générale

 

11 - Comprendre le FSA

12 - Elargissement du FSA

13 - Problèmes de Financement

 

2 - Concernant le CJM

 

21 - Organisation et fonctionnement

22 - Animation

23 - Signalétique et embellissement du CJM.

24 – Information, accueil et Guide du camp

25 - Médiatisation

26- Convivialité et Invitations

27 – Logistique et Sécurité

28 - Préparation et méthodologie

 

1 – Concernant le FSA

 

11 – Comprendre le FSA

 

Il fut précisé que le FSA n’était ni un parti, ni un syndicat et pas même une association.

C’est un mouvement d’idées, un espace de rencontres, de débats démocratiques et d’échanges d’expériences, nourri par la richesse des entités qui s’y rencontrent.

C’est un processus installé dans la durée pour  analyser des situations,  identifier des enjeux et construire des alternatives, pour interpeller les décideurs.

 

12 – Elargissement du FSA

 

La stratégie d’élargissement du FSA épouse les luttes menées par le mouvement social et le mouvement associatif ou syndical.

A l’occasion de la tenue du CJM, le champ de cette stratégie se situe au sein du mouvement estudiantin.

Ceci n’induit pas qu’il faille négliger les autres champs, puisqu’il s’agit d’un mouvement global visant à l’émergence d’une autre Algérie, une  meilleure Algérie, comme se plait à le souligner Nadia Ouadi.

 

13 – Problèmes de financement

 

Le point de vue développé par les membres du FSA Batna, mettant l’accent sur la participation prioritaire des associations ou entités membres et des personnes engagées dans le mouvement, semble avoir été partagé par l’ensemble des participants.

 

Cette politique du «  compter sur soi », n’exclut pas, cependant, la recherche de financements diversifiés pour éviter les risques d’instrumentalisation et de manipulation ou les pressions dont certaines ONG multinationales sont devenues maîtresses.

 

2 – Concernant le CJM

 

21 – Organisation et fonctionnement

 

Un long débat s’est instauré sur la nécessité d’organiser les participants en groupes ou de les laisser libres de le faire selon leurs inclinations et/ou affinités.

Une voie médiane semble s’être dégagée, bien que le débat demeure ouvert, et qu’en l’absence des autres participants rien ne peut être décidé.

 

Il a toutefois été reconnu que :

 

n          Un groupe de 150 personnes nécessite un minimum d’organisation et que liberté ne signifie ni laxisme ni laissez aller ;

 

n          Au contraire, la démocratie a besoin d’un SMIG organisationnel pour se développer dans le respect de tous ceux qui y aspirent.

 

n          D’autant que nous ne serons pas les seuls à vivre au Centre Bordj Blida et qu’une colonie de vacances (200 personnes) sera implantée sur les mêmes lieux.

 

n          Appliquer les principes de la Charte de PA exige que des critères de « mélange » dans la constitution des groupes soient appliqués ; sinon, les affinités nationales et/ou personnelles vont prévaloir et la connaissance des uns par les autre sera limitée.

 

n          Le groupe est un relais indispensable à l’organisation des autres activités culturelles, sportives et d’utilité associative.

 

n          L’objectif de formation à la responsabilité et à la citoyenneté risque de disparaître, du fait que des fonctions précises devront être remplies au sein de chaque groupe.

 

Les fonctions à remplir au sein de chaque groupe :

 

n          Animation et coordination générales : 2 participants élus par leurs pairs

n          Organisation des activités d’animation culturelle : 2

n          Organisation des activités d’animation sportive : 2

n          Organisation des activités d’information et de communication ; 2

n          Organisation des activités hygiène et santé : 2

 

NB. Le fait de désigner 2 participants pour chaque fonction permet une alternance en matière de responsabilité sur deux journées ; pendant que l’un assume la responsabilité, l’autre récupère.

 

Les réunions de groupes ont entraîné un chaud débat.

La proposition médiane serait la suivante :

 

n          Une réunion de groupe durant les deux premiers jours du camp ; car c’est au cours de cette période que se poseront le maximum de problèmes d’intégration et de mise en cohérence.

n          Le reste du temps : signaler ce qui ne va pas ou ce qui est à améliorer, au cours des repas, à d’autres moments ou d’autres activités, au responsable du groupe.

n          Une réunion de coordination générale regroupant les responsables Animation et Coordination Générale, les deux premiers jours, puis, à la demande ou selon les nécessités.

 

22 – Animation

 

Jeux de connaissance

Penser à l’organisation de jeux de connaissance et à des chants de groupes.

L’atelier chants et danses pourra y participer.

Choisir les moments les plus propices à cela.

 

Micro Libre :

moment à organiser en veillée, favorisant la libre expression des participants.

 

23 –Signalétique et embellissement

 

L’objectif est que les habitants d’El Aouana puissent identifier qui va vivre à leurs côtés, durant une dizaine de jours.

Le CIAJ pourra apporter sa contribution à la réalisation de la signalétique interne.

La direction du centre se charge de l’embellissement du camp.

Créer un logo du CJM et du Forum de la jeunesse Maghrébine au cours des travaux de l’atelier d’expression graphique.

 

24 – Information

 

Créer :

n          Un Bureau d’accueil et d’information géré par les participants.

n          Un Cahier de bord du camp : chaque participant pourra y signaler ce qui lui semblera utile de signaler : en un mot, comment améliorer l’organisation et le fonctionnement du CJM.

n          Un Guide général du CJM.

 

25 – Médiatisation

 

n          Ne rien négliger pour la médiatisation du CJM.

n          Inviter un journaliste et une journaliste à suivre le CJM en y vivant durant les dix jours.

 

n          Le CIAJ peut assumer cette responsabilité avec les participants des ateliers communication : journal et site, entre autres.

 

26 - Convivialité

 

Cette rubrique sera traitée à trois niveaux et les propositions suivantes ont été avancées :

 

Entre les participants

 

Même si l’accent devra être mis sur l’identité maghrébine, les différences ne doivent pas être gommées.

 

Dans cette perspective, il a été retenu de proposer que chaque pays participant, aura à animer sa journée nationale.

Pour cela, il sera invité à apporter des habits traditionnels, de la musique, des films éventuellement, des livres, des recettes de cuisine, des contes, etc.

Chaque participant est invité à apporter ses Cd, instruments de musique, livres, textes pour saynètes, sketches, etc. en vue de l’animation de soirées conviviales.

Avec les habitants

 

Définir les formes de relations à entretenir avec les jeunes d’El Aouana.

 

Avec le mouvement altermondialiste

 

Inviter des jeunes du mouvement altermondialiste ou des animateurs du FSMagh, FSMed, etc.

 

27 – Logistique et sécurité

 

Du matériel sera nécessaire à l’animation des activités du CJM.

 

Chaque responsable de l’animation d’un atelier est invité à dresser la liste du matériel indispensable au fonctionnement de son atelier et le transmettre au Secrétariat du CJM – [email protected]. au plus tard le 26 mai 2006.

 

La Direction du Centre s’est engagée à prendre toutes les mesures pour assurer la sécurité des activités du CJM, notamment au niveau de la baignade.

Pour cela, il a été décidé de proposer un règlement intérieur à débattre avec tous les participants, lorsqu’ils seront sur place.

 

28 – Préparation et Méthodologie

 

Tout le monde s’est accordé à reconnaître que la réussite du CJM dépendait de son niveau de préparation :

 

n          Lecture des textes sur l’Altermondialisme

n          Préparation des activités

n          Propositions à soumettre sur tous les aspects de la vie du CJM, etc.

 

Il s’agit là d’une responsabilité individuelle et collective.

 

Le Collectif jeunes de Batna a proposé d’organiser une réunion régionale ayant pour objectif de préparer le CJM et de traiter, entre autres, des thèmes proposées pour les conférences débat.

 

Il serait utile que les autres régions en fassent autant, comme Oran, le Centre et le Sud.

Le Secrétariat du CJM est invité à leur en faire la proposition.

 

 

Internatioanle

 

 

FORUM SOCIAL EUROPEEN 2006

 

Par Sandro GUIGLIA

 

 

La quatrième édition de l’articulation européenne du Forum Social Mondial, après Florence, Paris, Londres s’est tenu à Athènes du 3 au 5 mai 2006.

 

Une réussite même au de la des prévisions des organisateurs et des craintes  des européens snobs (français, anglais, italiens) qui avaient des préjudices sur les grecs et sur la composition de la coalition des organisateurs.

 

La participation

 

25.000 inscriptions et plus de 30.000 présences dans les énormes hangars et les grands espaces de l’ex aérodrome de Glyfada, très bien aménagé.

Une forte présence de participants de l’Est européen et des Balkans, environ 5.000, et 100 russes venues en cars.

Remarquable le retour au FSE du secteur catholique-social (Caritas en particulier), qui a donné, même visiblement, la perception d’une recomposition du mouvement, à différence du FSE de Londres qui était apparu le lieu de rencontre des secteurs plus politisés et radicaux.

Présents plusieurs « états majeurs » des organisations syndicales plus larges d’Italie, de Grèce et de France, mais par contre réduite présence de militants de base ; Participation politiquement importante qui signifie un ralliement à la société civile et aux mouvements sociaux, fruit probablement des alliances pour les luttes contre le GATS, la directive Bolkestein et dernièrement le CPE en France.

Faible présence des partis politiques, sauf des secteurs de la jeunesse et quelques députés. Perte d’intérêt pour les mouvements altermondialistes ou pour le manque  des conférences qui permettaient d’apparaître? 

 

Les Séminaires

 

Comme pour le dernier FSM de Porto Alegre, les Conférences plénières, défilées de personnages et grands noms, ont été éliminées pour faire place aux séminaires organisés par les réseaux et les campagnes.

218 séminaires, résultat de l’agglutination de 630 propositions et 47 ateliers ; très bien organisés, avec traduction simultanée en 6 langues dans tous les séminaires. Une fois encore l’apport formidable de Babel qui s’est élargi en nombre (avec des bénévoles de l’Est) et en langues (albanais, serbe, turque, hongrois, tchèque, polonais, russe).

 

Déroulement, constats et impressions 

 

On a constaté une forte progression des réseaux à niveau européen ; plus de 30 réseaux qui ont pris conscience de la nécessité d’une dimension continentale de leurs actions de lutte et qui sont en contacte permanent. Pour eux le FSE devient le rendez-vous de confrontation sur un parcours de vie sur toute l’année.

A signaler la naissance du Réseau Européen des Services Publiques qui, à travers 7 séminaires aux quels ont participé plus de 40 organisations syndicales et mouvements sociaux, ont rédigé « la déclaration d’Athènes » et construit un parcours commun d’initiatives, se connectant avec le Forum de la Santé et le Forum de l’Education, sur la question de la précarité. 

 

Un Forum vraiment européen. A différence des trois autres éditions le FSE d’Athènes s’est occupé des politiques spécifiques de l’UE : le piétinement dans la construction de l’unification étatique de l’UE (constitution), l’unification des politiques sociales, les politiques sur les services et biens communs (GATS, Bolkenstein), réglementation de l’accueil des migrants, son rôle dans le monde (conflit Israël/Palestine, Syrie/ Irak/ Iran, subalternité aux EE.UU.). 

Pas seulement des NON mais recherche et propositions d’alternatives possibles.

 

Difficile d’énumérer tous les nombreux thèmes qui ont été débattu et de faire une hiérarchie des priorités.

Dominante sûrement la paix et la guerre : comme mobilisation pour le retrait des troupes d’occupation européennes de l’Irak et d’Afghanistan, comme soutien aux légitimes revendications des peuples palestinien et Kurde, mais aussi comme le scénario d’une Europe qui choisi la paix, qui rejette une économie de guerre et sécuritaire, qui refuse le concept de guerre entre civilisations, qui élimine les bases militaires, réduit ses dépenses militaires et transforme son industrie de l’armement.

Question migrations : tous les réseaux migrants ont réalisé ensemble un parcours de séminaires et un agenda de mobilisations européennes, conscients du lien entre les politiques libéristes et l’Europe forteresse.

Travail et précarité : la forte présence des syndicats et la récente victoire des mobilisations des étudiants et du mouvement social en France ont permis, dans des assemblées bondées, l’analyse des divers aspects du problème du travail en   en Europe et particulièrement d’entrevoir la possibilité de réaliser des réseaux en mesure de répliquer automatiquement à l’échelle européenne à des attaques, comme en France, sur la question de la précarité.

Question Constitution Européenne : A travers l’articulation de 4 séminaires, le groupe transnationale a progressé dans la définition de la « Charte des principes de l’autre Europe » et posé le problème de son utilisation, comme instrument de débat, parmi la multiplicité des réseaux et de la mouvance sociale européenne.

Surprenante la participation intense des russes aux séminaires sur la Charte.

Des thèmes, apparemment moins importants mais très intéressants, ont été l’analyse des conséquences sociales pour les populations des pays  du Centre Europe rentrés dernier dans l’Union et la position des nombreux participants turques (1200) très critiques envers « l’impérialisme de Bruxelles » mais qui veulent rentrer dans le « club de l’Union ».

 

Il faut enregistrer que l’élimination des plénières a produit l’absence d’une réflexion sur la situation de la planète, dans les autres continents, par exemple sur les nouveautés en Amérique Latine. Seule exception l’Afrique en vue du FSM 2007 de Nairobi.

 

Manif de clôture du FSE

 

Le samedi 6 après-midi un défilé imposant pour le nombre de participants (60.000 ?), joyeux et vécu comme une fête par le 80% des participants. Pas la même chose pour la tête du cortège (ou étaient concentré les italiens) qui a été continuellement harcelé par un grand groupe de soi-disant anarchistes et black block (300/400 jeunes) qui ont utilisé les participants au cortège comme écusson humain pour leurs attaques violentes à la police. Heureusement la police n’a pas réagi contre les participants du FSE et les dégâts se sont limités à trois participants légèrement blessés. Naturellement les médias grecques ont mis en évidence les voitures brûlées de la police, les vitrines cassées de banques et MacDonald

 

Assemblée des mouvements sociaux

 

Comme de rite le dimanche 7 mai, après la clôture du FSE, s’est tenu une grande Assemblée des mouvements sociaux qui a émis une déclaration finale et un agenda de mobilisation qui prévoit :

-          une semaine de mobilisation du 23 au 30 septembre 2006 pour le retrait des troupes d’occupation en Irak et Afghanistan et contre les propos de guerre en Iran

-          le 7 octobre 2006 journée de mobilisation, en Europe et Afrique, sur les questions des migrations

-          janvier 2007 participation au FSM de Nairobi au Kenya

-          juin 2007 convergence des luttes sociales à l’occasion de la réunion du Conseil d’Europe et du G8 à Rostock en Allemagne      

 

 Information supplémentaire

 

Le jour précédent le FSE (3 mai) s’est tenu une Assemblée Préparatoire de la deuxième édition du Forum Social Méditerranéen. (voire note à part)

Fiche 2

 

Assemblée Préparatoire FSMed

 

Athènes 3 / 4 mai 2006

 

 

 

En marge du FSE, la journée du 3 et dans la matinée du 4 mai 2006, s’est tenu une Assemblée préparatoire de la future deuxième convocation du FSMed.

 

L’ordre du jour proposé dans la rencontre du GCI (Groupe de Coordination Internationale) réuni à Tunis le 25.02.06, comprenait :

1) Bilan des mobilisations sur le pourtour méditerranéen

2)  Fixation de la date et du lieu du prochain FSMed

3)  Axes politiques du 2ème FSMed

4)  Méthodologie à mettre en œuvre pour aller au 2ème FSMed

5)  Financements

 

Participations assez faible:

Catalogne (secrétariat 1° FSMed), Espagne (mouvement femmes),  France (Attac), Italie (ARCI, syndicat Fiom/Cgil et Cobas, contrat mondial de l’eau/Italie, marche mondiale des femmes/Italie, Alliance 21), Grèce (FSG), Liban (Fondation Ben Bella/Genève), Palestine (ONG de Gaza), Israël (palestinienne d’Israël), Egypte (leader ex PC), Algérie (FSA/Oran).

Les Tunisiens n’ont pas obtenu le visa, pas de nouvelles des Marocains et de l’association migrants du Maghreb (Paris).

En total une centaine de personnes.

 

Dans l’introduction du premier point qui m’avait été confié j’ai soutenu, en synthèse, les points suivants :

-         le partial échec du 1° FSMed n’était pas du seulement à des erreurs de gestion mais plutôt à la forte asymétrie entre les sociétés civiles du nord et du sud

-         les sociétés civiles du sud n’était pas prêtes

-         la valeur du 1° FSMed a été d’une part de mettre à l’odj la question Med aux mouvements sociaux d’Europe et surtout de déclencher l’idée de réaliser des  Forum Social dans les pays du sud

-         depuis Barcelone 2005 des changements importants sont avenu : Bouznika pour la préparation du FS Maghreb, celui Algérien qui se tiendra en décembre, celui Tunisien en préparation ; mais aussi sur la côte nord avec la constitution de groupes de travail FSMed en France , Italie et Grèce ; pour préparer le prochain FSMed il faut tenir compte de ces nouveautés, donner le temps aux camarades du sud de se renforcer, innover les méthodes de préparation, suivre les initiatives dans le sud

-         prendre des initiatives, sous la forme de séminaires, comme la rencontre que le groupe  italien est en train de construire pour novembre prochain à Rome

-         faire un effort pour créer des liens avec le coté est de la Med (Liban, Syrie, Turquie et surtout les Balkans)

-         nous devons réaffirmer la valeur politique du FSMed et la décision de réaliser la deuxième édition mais sans vouloir décider tout maintenant.

 

Cette intervention a créé un certain marasme et engendré des suspicions sur les projets des italiens parmi les français d’Attac et les catalans surtout par les interventions de réponses de la Bollini (Arci) et Mecozzi (FIOM) ; par contre cela a permis d’approcher les autres points de façon moins mécanique.

 

Date et lieux du deuxième FSMed

 

La proposition de renvoyer au 2008 le FSMed 2 a été accepté par tous.

Sur le choix du lieu les palestiniens ont insisté pour Gaza, pour l’impact symbolique que ce choix aurait dans la situation actuelle. La position de quelques femmes qui s’opposaient à ce choix suite à la victoire électorale des islamistes de Hamas a été repoussée mais, naturellement, tous les participants ont exprimé leurs doutes de la possibilité d’organiser le FSMed dans la situation actuelle. La décision a été d’annoncer cette possibilité comme désir, d’aller vérifier sur place sa faisabilité et entre temps poursuivre la recherche d’un autre lieu, parmi les pays du sud.

 

Axes politiques du 2ème FSMed

 

La décision a été de ne pas définir immédiatement les axes politiques mais attendre la réalisation des Forums en préparation au Maghreb qui donnerons des indications et de toute façon renvoyer le problème à la prochaine Assemblée préparatoire.

 

Méthodologie à mettre en œuvre pour aller au 2ème FSMed

 

Pour éviter un désaccord entre la proposition d’innovation et la re-proposition de la méthodologie passée on a décidé une solution transitoire : définir un groupe de travail qui soit représentatif des situations et personnes actives qui devront préparer la prochaine rencontre large (Assemblée préparatoire) qui se tiendra vers la fin de 2006.

 

Financements

 

Double aspect : financement de la phase préparatoire et financement du FSMed.

Pour la phase préparatoire le financement devra venir des grandes organisations du nord qui s’engage dans ce processus.

Pour le financement du FSMed en 2008, si on veut le réaliser dans un pays du sud il est clair qu’une bonne partie des finances nécessaires devront être trouvées au nord, sous forme de financements multiples et même de campagne de financement privés.

Le problème, pour les deux aspects, est de trouver la possibilité d’avoir un compte bancaire, ouvert et géré par un petit groupe transnational de personnes de confiance, qui puisse garantir la pleine transparence. Question à examiner.

 

L’ assemblée est terminée avec la définition des engagements personnel pour la poursuite résumé dan la note suivante :

 

 1 – Rapports de l’Assemblée
Les comptes-rendus des différentes sessions de l’API des 3 et 4 mai seront envoyées à Paloma qui les compilera pour rédiger un projet de rapport final. Ce projet sera discuté sur la liste avant d’être diffusé plus largement.


2 – Liste du GCI


Les nouveaux participants au GCI seront agrégés à la liste existante [email protected] qui continue d’être notre liste de travail.

3 – Relations avec la coordination italienne


Les délégués italiens (Anna, Sandro et Renato) demanderont à la coordination italienne lors de sa prochaine réunion de préciser ses positions, questions et exigences vis-à-vis du FSMed (et du GCI) conditionnant son entière implication dans le processus.

4 – Relations Turquie Balkans


Le développement des contacts va s’effectuer sous la responsabilité de Yiannis, de Renato et de Paloma.

5 – Contacts avec l’Algérie
En vue de la prochaine API (Alger décembre 2006), les contacts vont se développer avec les algériens sous la responsabilité de Sandro.

6 – Contacts avec la Palestine


Luis va effectuer un voyage de contacts en Palestine cet été.

7- Budget
Luis et Jean-Luc préparent un budget de fonctionnement du processus jusqu’à la prochaine API.

8 – Prochaine réunion du GCI
Elle se tiendra soit fin juin début juillet, soit début septembre en Italie. Réponse au plus tard fin du mois de mai.

9 – Information/Communication
Sherif et Paloma préparent un texte pour :
- animer une communication à caractère général sur le FSMed ;
- préparer l’API de fin d’année.

 

 

Sandro Guiglia – 14.05.06

 

 

 

 

Etudes

 

 

 

Les travailleurs immigrés, avec ou sans papiers, salariés ou chômeurs :

 

Même destin que la classe ouvrière

 

Kamel BADAOUI

 

 

Aujourd’hui, on parle plus souvent d’immigrés et moins souvent de travailleurs immigrés. Ce n’est pas un hasard : l’intégration capitaliste par le travail est bien en panne. Le chômage massif et endémique frappe durement et en premier ces immigrés. Les statistiques officielles françaises, bien que fardées et incomplètes, restent parlantes : le taux de chômage est de 25% parmi les étrangers, 35% pour les femmes étrangères, contre 10% pour la moyenne nationale et 11% pour le total des femmes actives.

Il faut ajouter que le reflux des partis et syndicats révolutionnaires est aussi pour quelque chose dans ce glissement de sémantique.

La composition sociale de l’immigration a bien évolué. Pour autant, la majorité des immigrés est encore populaire de par ses revenus et sa position sociale et économique. Les spécialistes estiment qu’environ 30% des effectifs de la classe ouvrière en France sont issus de l’immigration. Ce sont les changements dans les modalités de l’exploitation capitaliste qui structurent et diffractent en strates les immigrés. Ces phénomènes sont prévisibles, car, dans son essence, l’organisation capitaliste des économies et des sociétés implique une concurrence sur le prix de la force de travail et les prix des ressources matérielles, les matières premières notamment). Donc division de la classe ouvrière, division des immigrés, division ….

On peut observer qu’une de ces modalités - la plus fréquente, bien que non nouvelle - est celle des « sans papiers ». Nouvellement arrivés ou déjà « installés » depuis longtemps pour beaucoup d’entre eux, tous sont exploités sans limites. Selon les observateurs avertis, notamment les militants associatifs, plus de cinq ans, en moyenne, sont nécessaires pour « régulariser » un séjour auprès de l’administration. Cela veut dire que les procédures juridiques et réglementaires en vigueur - lesquelles relèvent de plus en plus du règlement discrétionnaire de l’administration de l’intérieur (c’est-à-dire de la police et non de l’économie ou de la société) et de moins en moins de la loi - mettent le plus légalement du monde à la disposition du patronat une main d’œuvre corvéable à volonté, sans droits, sans protection, sous surveillance policière permanente. Avec la rotation et les nouveaux arrivages via la hraga, c’est un volant de milliers de travailleurs immigrés (on parle de 500.000) qui est soumis à une exploitation à ciel ouvert. L’expulsion des « sans papiers » agit plus comme un épouvantail pour dompter et soumettre. Les solidarités de classe avec le reste de la classe ouvrière peinent à naître à cause de la ghettoïsation.  

Il y a les immigrés étrangers « réguliers » (avec une autorisation de séjour) : eux (et leurs amis de classe ou de solidarité) savent combien est long le temps qu’ils ont séjourné dans une situation de grande précarité puisque, pendant trois à cinq ans, ils ne bénéficient que d’une carte de 1 an renouvelable, voire de simples récépissés de dépôt de dossier. Une situation de quasi sans droits pendant près de 5 ans : difficultés d’obtention de contrats de travail, de logement, de crédits, …. Ou encore des droits inférieurs pour des emplois similaires. Même ceux d’entre eux qui « décrochent » la carte de séjour de 10 ans continuent de subir des discriminations par la fermeture légale de l’accès à certains emplois, y compris dans le secteur public (parfois, et en fonction des besoins, des ouvertures sont faites). Globalement, ils sont parqués dans des entreprises petites ou moyennes, souvent filiales des grandes entreprises publiques et privées, où le travail non déclaré fait rage.

Les immigrés naturalisés Français, dont les plus sont jeunes et … n’ont jamais émigré puisque nés en France. Ils subissent des inégalités criantes. Les jeunes issus de l’immigration maghrébine, en particulier, ont souvent des statuts sociaux inférieurs à ceux de leurs parents, à la différence d’autres origines immigrées pour lesquelles la promotion sociale a parfois fonctionné. Il devient alors possible et facile pour les intégristes de les entraîner dans leurs mouvements.

A cause des résistances ouvrières et populaires, les politiques patronales et des Etats capitalistes ne peuvent passer comme une lettre à la poste : tout un arsenal idéologique est déployé pour brouiller les clivages et farder les mécanismes d’exploitation. Ce sont bien les pouvoirs en place et les dirigeants patronaux, via leurs possessions dans les médias, qui produisent et soutiennent le racisme, le communautarisme, l’intégrisme, l’ethnicisme, le sexisme, …. Qui donc porte à bout de bras les cultes musulman et juif en France ? Quel recul pour les forces progressistes quand on constate que la Mosquée de Paris et le CRIF sont devenus les interlocuteurs attitrés, et souvent exclusifs, du pouvoir !

Les syndicats et partis politiques, de plus en plus réformistes, n’arrivent pas à dépasser la solidarité condescendante. Aussi ne retrouve-t-on pratiquement pas dans leurs directions des militants combatifs issus de l’immigration. Les adversaires de classe l’ont bien compris : pour étouffer les résistances durables et efficaces, ils subventionnent et contrôlent les associations d’immigrés, ils médiatisent les harkis de service, issus des couches moyennes de l’immigration, ….      

Une question à ne pas oublier de poser : d’où viennent-ils ces travailleurs immigrés ? Car avant d’être immigrés, ils sont d’abord émigrés par rapport à leurs pays d’origine. Et c’est bien dans ces pays dominés par l’impérialisme et le capitalisme que se situent les sources des principaux problèmes de l’immigration. Cette domination s’appuie sur l’acceptation active des dirigeants  locaux et l’abandon de toute politique d’indépendance et de progrès social. Les résultats majeurs de ces politiques sont directement observables à l’échelle mondiale :

·         paupérisation massive des peuples des pays d’émigration au moyen des guerres de recolonisation, exploitation esclavagiste des masses populaires, razzia sur les ressources naturelles et humaines

·         déstabilisation des Etats nationaux, en reconstruction après les catastrophes coloniales, par la dégradation des termes de l’échange (baisse des prix des matières premières ex portés par ces pays et hausse des produits manufacturés importés)

·         chômage massif et précarisation endémique des couches populaires (baisse des salaires réels, démantèlement des protections sociales, …) dans les pays capitalistes dominants

   

L’histoire des luttes des travailleurs immigrés est encore à écrire. Mais leur destin est dans une issue positive des luttes de la classe ouvrière dans son ensemble et dans leurs pays d’origine.

 

 

CETTE CRISE QUI NOUS RONGE

 

Par MAHI  AHMED                                05.12.2003

 

La crise qui frappe sérieusement notre pays depuis plus d’une décennie perdure et ébranle dangereusement l’existence de notre Etat et de notre Nation. Les forces sociales et  politiques , dans notre pays , apparaissent comme désarmées et désorientées devant la forme, l’étendue , la profondeur et la complexité de cette crise.

Une crise politique et sociale relève , en général,  du mouvement  de la vie des sociétés et des nations. Elle apparaît ,selon les formes qu’elle prend tout au long de l’évolution historique , ,comme une période décisive ou périlleuse  de cette vie. Une crise peut donc être dépassée pour peu que sa nature réelle soit  reconnue à sa juste mesure et dans toute son étendue par  les forces sociales et politiques en présence  soucieuses de l’avenir du pays. 

Il ne s’agit donc pas de se lamenter sur la crise que nous vivons et de signaler les formes de ses symptômes  mais d’en reconnaître les causes profondes et immédiates et surtout d’œuvrer à éveiller et raffermir les consciences et à rassembler le maximum de forces capables de dresser les contours d’une vision de projet de société de long terme permettant de tracer avec intelligence et réalisme les voies  pour en sortir.

Cette crise multidimensionnelle nous ronge déjà jusqu’à l’os. Nous risquons , si nous n’y prenons pas garde , et nous sommes à l’extrême limite du supportable , de nous transformer en autant de forces centrifuges emballant encore davantage le chaos qui caractérise actuellement notre pays.

Nous assistons , ces derniers temps , à l’approche d’ échéances électorales dites majeures  , à un formidable détournement, opéré d’une façon consciente ou inconsciente, des véritables problèmes que pose notre crise nationale . C’est comme si de telles  échéances pouvaient contribuer à la sortie de la crise alors qu’elles  sont une des nombreuses causes et manifestations de cette dernière .

Des appels divers , souvent à consonance lyrique et morale, rarement objectifs et concrets , sont lancés au fil de la montée en puissance des affrontements, feints ou réels, se déroulant au sein de notre société. Ces affrontements sont loin  de traduire, ni l’état réel de notre société , des problèmes liés aux différents rapports qui la régissent, ni surtout  ses besoins immédiats et de long terme et particulièrement du type d’Etat auquel aspire les forces sociales qui la composent.

Nous semblons faire comme si nous étions une société à part , détachée de son environnement international et des lignes de forces lourdes qui déterminent l’évolution de ce dernier et qui ont une  incidence décisive sur nôtre devenir.

Réfléchir sur la crise que connaît actuellement l’Algérie, nécessite , de ce fait , la prise en compte des tendances d’évolution historiques signifiantes , nationales et internationales , pour mieux saisir la densité et la complexité des dynamiques agissantes du passé et pouvoir doter d’une pondération réaliste les voies susceptibles d’ouvrir des perspectives capables d’intégrer avec efficience l’Algérie dans les challenges du 21é siècle.

Comprendre la crise

Essayer de comprendre une crise aussi intégrale que celle que connaît l‘Algérie, dans le sens où elle est à la fois politique, économique, sociale, culturelle et identitaire, impose , en effet , d’interroger l’histoire dans son mouvement profond et actuel et de dégager les éléments montrant les racines profondes des évolutions que nous continuons de subir et que nous semblons incapables d’infléchir dans le bon sens de l’histoire. Or celle-ci  ne peut être que celle que dessineront les hommes et les femmes d’aujourd’hui et surtout de demain.

Nous voulons tenter de réfléchir sur les points suivants :

 

De quelques racines de la crise

 

Notre crise est d’abord une crise de l’État et du système de pouvoir

 De la nécessité du dépassement de cette crise

 

A )  De quelques racines de la crise:

 

La crise algérienne n’a pas commencée avec l’arrêt du processus électoral le 26 janvier 1992. Cette crise trouve ses racines réelles  dans l’histoire profonde de notre pays. Mais le mûrissement de l’éclatement de cette crise s’est réalisé par la conjugaison de facteurs internes et externes liés aux choix et aux moyens qui ont présidé à la construction de notre Etat et au développement de notre société après l’indépendance du pays.

Beaucoup a été écrit et dit sur cette crise. Des « spécialistes » et «  des experts  »  de l’Algérie ont émergé soudain de partout. Les approches développées sont aussi diverses que la complexité de cette crise et des intérêts qui s’affrontent dans et autour de notre pays.

Analyser cette crise et  avancer des pistes  pour en sortir , exige un recul dépassionné, des approches réalistes fondées sur une perception maîtrisée des lignes de forces qui caractérisent les évolutions dans la durée. Cela suppose un effort qui s’appuie sur des apports multidisciplinaires.

Il n’est pas inutiles de rappeler que les crises qui ont marqué notre après indépendance, comme celles de juillet 1962 , de 1963 , 1965 , 1967 , 1980 et 1988 posaient certes , en termes aigus, des problèmes démocratiques ,sociaux et de pouvoir sans en donner toutefois une claire définition et une claire stratégie de mise en oeuvre. Elles ne remettaient jamais en cause fermement l’option pour un Etat national et républicain, bien que les concepts d’Etat et de république demeuraient ,en général à tous les niveaux , largement flous .

 

L’islamisme politique, catalyseur de la crise que nous vivons actuellement, pose , lui , en termes francs la remise en cause d’un tel Etat et son remplacement par un Etat islamiste de nature théocratique. L’émergence frontale de l’islamisme politique d’aujourd’hui ,et dans notre pays, est un phénomène politique totalitaire plus que religieux .Il tente  d’exploiter jusqu’à l’extrême, à des fins de pouvoir , le développement des exacerbations sociales et politiques qui atteignent , dans notre société,  des points de ruptures forts avec le système de pouvoir en place depuis l’indépendance. Il dévoie une aspiration profonde et de masse , diversement manifestée , à l’expression et à la pratique démocratiques.

 

On ne peut pas affirmer que l’Etat-nation républicain en construction depuis la guerre de libération nationale, répond totalement aux aspirations de la nation et aux normes de la République. Il représentait un choix qui a semblé, prés de trois décennies durant, procéder d’un consensus national .Il semblait être porté par le mouvement de libération national.

Il serait aussi utile de rappeler que les événements d’octobre 1988, sans parler de leurs soubassements politiques et sociaux qui sont majeurs, ont éclatés quand les capacités financières du pays ont été dangereusement malmenés par la spéculation sur le dollar et la manipulation géostratégique des prix des hydrocarbures, alors que la dette extérieure du pays et son service augmentaient à la limite du supportable et quand le pouvoir en place a démontré son incapacité à prévenir, à gérer et à résoudre les problèmes politiques, économiques sociaux et culturels qui prenaient forme.

 

Ces rappels ont été faits pour dire que l’analyse de la signification de l’ampleur du mouvement de masses mobilisé par et autour de l’islamisme politique après les évènements d’octobre 1988 et à la faveur de l’ouverture  « démocratique » opérée par la constitution du 23 février 1989 dépasse la réalité de l’émergence et de la cristallisation de l’islamisme politique.

 

Le caractère des formes violentes qu’a pris cette crise, sa durée, l’exacerbation des problèmes économiques et sociaux, la naissance difficile de véritables élites , de la citoyenneté et d’un mouvement démocratique puissant et pluriel de même que d’une société civile avertie, les difficultés qu’éprouve le pouvoir actuel à prendre l’initiative des changements radicaux nécessaires dans les fondements et la forme de notre Etat et à engager les transformations radicales politiques , économiques , sociales et culturelles qu’impose la portée d’une telle crise, sont autant d’éléments qui poussent à aller au plus profond des racines de cette crise. Il est nécessaire d’interroger l’ensemble de notre cheminement historique, les processus de formation de notre nation, de notre Etat et du développement de notre société.

 

L’histoire actuelle, suite à l’effondrement de l’URSS et des pays socialistes et aux répercussions sociales et culturelles de la révolution informationnelle et de la dynamique de la globalisation, nous montre amèrement comment les liens sociaux, culturels et même nationaux, pourtant considérés comme solidement portés par la conscience sociale , peuvent se distendre, se casser et déboucher même sur des tragédies de nature ethniques ou autres (ex:Yougoslavie, Tchécoslovaquie, Russie , l’Afghanistan , le Congo , la côte d’ivoire , le Burundi , l’Iraq etc.)

 

Le terrorisme et la violence ne procèdent pas de la génération spontanée. Ils découlent de dynamiques exacerbées d’instabilité sociale, culturelle et psychosociologique. Ils expriment aussi des distorsions aggravées , longtemps socialement contenues , dans les processus de formation identitaire de caractère national. Les formes qu’ils prennent aujourd’hui, s’ils sont l’œuvre d’une instrumentation idéologique et politique de l’islamisme politique et de mécanismes divers d’intérêts intérieurs et extérieurs, ne peuvent cacher, malgré leur atrocité, les problèmes  de fond qu’ils posent. La compréhension de la crise ne peut être limitée à leur examen à la surface aussi minutieux qu’il puisse être .

 

Les premières questions qui doivent être posées, nous semble-t-il , en cassant à ce sujet les tabous, et auxquelles on doit tenter de donner réponse, semblent être  les suivantes:

1.      qu’en est-il de la nation algérienne au lendemain de l’indépendance?

2.      qu’en est-il du processus de construction de l’Etat national indépendant?

3.      Qu’en est-il du développement de notre société au cours de ces  décennies d’indépendance?

 

Le processus de formation de la nation algérienne obéit à un cours long et complexe. Les cohésions communautaires et d’intégration nationale se sont tissées au travers d’actions multiples de puissances étatiques diverses. Elles se sont opérées autour de l’histoire millénaire commune, de la culture berbère et principalement de la culture arabo- musulmane traditionnelle, de la préservation des langues parlées notamment l’arabe dialectal et le berbère. Ces cohésions se sont affermies dans la large et longue résistance à l’occupation coloniale française et ont subi l’influence de cette dernière. Il n’est pas possible et nécessaire, dans le cadre de cette réflexion, d’essayer de suivre et d’analyser le processus de formation et de développement de notre nation. Il serait par contre utile de dégager, au travers du cheminement historique, les processus qui ont entravé une telle formation ou qui lui ont imprimé certaines distorsions ou orientations particulières.

 

« Pour comprendre le présent , il faut le situer par rapport à son origine  » . Cette origine ne peut être que l’intégration complexe de tous les facteurs à pondération lourde et durable du cheminement historique.

Trois processus historiques qui marquent fortement ,par leurs conséquences et  leurs empreintes  notre réalité d’aujourd’hui et qui en éclairent les causes profondes, peuvent être ainsi brièvement examinés :

 

I ) L’oppression  coloniale

 

On ne mesurera jamais assez la profondeur et la portée de l’action destructrice de la colonisation française sur notre peuple. Celle-ci  a été concentrée sur les facteurs vitaux de la formation de notre nation que sont l’unité historique, linguistique, culturelle et économique. Cette colonisation a déstructurée complètement l’Algérie et son peuple : oppression systématique, déplacement forcé de populations, spoliations de celles-ci de leurs terres, destructions des cadres sociaux traditionnels, sabordage ciblé de la langue et de la culture arabo - musulmane , de la langue berbère  et des traditions , divisions sociales et développement de la misère , analphabétisme organisé etc. Même la foi religieuse musulmane a été férocement et sournoisement attaquée par cette volonté de destruction de masse de la colonisation. Alexis Tocqueville disait en 1851:“Nous avons rendus la société musulmane beaucoup plus ignorante qu’elle n’était avant de nous connaître.“

L’analyse intégrée, sociologique , psychosociologique , anthropologique ,politique , économique, sociale et culturelle de la colonisation française reste encore à faire, particulièrement en ce qui concerne ses incidences sur les processus d’évolution post-indépendance de l’Algérie comme nation, Etat et société.

Le sabordage par la colonisation française de la langue courante de la grande masse du peuple algérien, l’arabe, dans sa forme écrite et parlée, la déstructuration de la personnalité et de l’identité algériennes par les coups violents et insidieux portés à l’existence et au développement de la culture arabo - musulmane dominante et de la culture berbère ancestrale , c’est à dire aux racines de notre évolution nationale, ont nourri dans la conscience sociale la colère , la violence et la radicalité d’un mouvement populaire  frontal et prenant des formes diverses face à l’occupant et développé des dynamiques multiples et diverses de résistance. Il faut entendre par radicalité cette exacerbation psychosociale et politique touchant de larges couches sociales et faisant mûrir et éclater  la contradiction principale les opposant aux forces dominantes (ici peuple algérien versus colonialisme ) , en bravant la rationalité des situations , des moyens et des perspectives historiques.

Les processus continus de formation et de consolidation de la nation algérienne ont été aussi mus et fortifiés par cette radicalité psychosociale et politique , attisée en permanence par l’idéologie et les pratiques coloniales oppressives . Ces processus ont consolidé et cristallisé la conscience sociale d’une unité  historique , linguistique,  culturelle et du territoire d’une même  communauté soumise au joug de l’oppresseur. Le développement d’une telle radicalité représentait, de fait, un mouvement de progrès dessinant déjà les processus de maturation et d’organisation de la lutte pour la libération nationale .

II ) Le mouvement national

 

Le mouvement national algérien moderne,  dans son développement historique ne pouvait s’inscrire, dans le feu des luttes politiques et révolutionnaires qu’il a menées face à l’occupant,  dans la légalité coloniale et se devait de recourir à l’action révolutionnaire. Il s’est appuyé, pour cela, sur les dispositions à la révolte radicale contre l’occupant qui se sont développées dans une population algérienne, égale dans une pauvreté croissante, analphabète à plus de 90% , foncièrement rurale et stagnant dans l’archaïsme. Les forces politiques algériennes nées à l’ombre de la légalité et sous les feux de la répression coloniales , n’ont pas pu ,en dépit de leurs trajectoires spécifiques ,de leurs divergences ainsi que de leurs limites idéologiques et politiques  et des crises majeures vécues face aux multiples épreuves et machinations de la colonisation , édifier avec succès ,le front démocratique de libération nationale dont avait besoin le peuple algérien. Elles n’ont pu ,tout au long de leur action , développer une véritable culture de l’union plurielle  , de l’unité d’action  , mue par l’engagement patriotique qui devait les caractériser , ni à faire  face unies, avec un sens aiguë de l’union patriotique, à  la radicalité de l’oppression coloniale ou à maîtriser en profondeur  la radicalité gagnant en ampleur et en sens historique de la société algérienne ,pour mieux mettre en valeur ,avec la vision du long terme tous les potentiels qu’elle recelait.

C’est dans une telle dynamique historique d’oppression coloniale et  de développement de l’aspiration à la libération nationale que s’est affermie  la nation algérienne.

Mais un tel affermissement, au niveau de la conscience de l’unité historique, de l’appartenance à un territoire commun, d’une évolution économique et sociale partagée, s’est fait avec des valeurs linguistiques , culturelles  et identitaires stagnantes. Ces dernières n’ont pas été radicalement intégrées ,au niveau de leur homogénéisation et de leur adaptation historique dans le caractère moderne de la dynamique de libération nationale et encore moins mis en rapport avec les nécessités qu’imposait une vision moderne de l’avenir.

Les dispositions à la révolte radicale qui se développaient au sein de notre peuple ont été, dans leurs ressorts positifs de résistance à l’occupant et de libération nationale, instrumentées ,consciemment ou inconsciemment , d’une part par une compréhension limitée et étroite de la politique et de la stratégie politique et d’autre part par un populisme radical et hégémonique dominant dans les directions successives du mouvement nationaliste . La politique se rattache , en principe , à la vision de l’organisation et de l’exercice du pouvoir dans une cité déterminée . La politique traite les réalités du présent tout en construisant , par la vision qui la porte , les conditions de l’avenir . La politique du mouvement national a été toute tendue vers l’objectif central de la lutte pour la libération du joug colonial . Cet objectif central  était juste et imposé par le contexte de la colonisation et de la guerre de libération nationale . Relever aujourd’hui , dans l’analyse historique , un tel populisme ou les faiblesses des orientations du mouvement nationaliste , ne peut signifier en aucune manière , une sous-estimation ou une dévalorisation de l’action anti-coloniale multiforme du mouvement nationaliste ,ni encore plus l’importance historique de ce mouvement et des dirigeants et militants , valeureux fils du peuple, qui lui ont donné naissance et mené jusqu’à la libération de notre pays.  cela représente seulement un effort critique pour essayer de comprendre, aux racines, les causes des courbes, marquées de crises multiples, de notre trajectoire historique. Analyser ce populisme en profondeur et avec réalisme , c’est à dire en tenant le plus grand compte de la complexité  des contextes, peut permettre , avec le recul d’aujourd’hui et l’expérience lourde vécue , de cerner avec une bonne dose d’objectivité, les distorsions aggravées enregistrées dans les processus d’affermissement de nôtre nation et de construction de nôtre Etat républicain.

Le propre du populisme est l’absence de vision stratégique cohérente et d’objectifs à long terme de transformation et de développement de la société, c’est à dire aussi de l’Etat et de la nation, dans le sens de la liberté , de la pratique démocratique , du progrès continu et de la modernité. Le populisme mythifie le peuple et le considère comme une entité politique homogène devant être dirigée par un parti et une pensée uniques. Le populisme craint le savoir, l’intelligence et la vivacité de la pensée qu’il étouffe, opprime et réprime. Un tel populisme a caractérisé notamment la pratique politique du pouvoir en place et d’une bonne partie des dirigeants de l’appareil du FLN après l’indépendance. Ces derniers ont cherché continuellement à l’adapter aux représentations symboliques  de nature archaïque et aux perceptions idéologiques ,fondées sur une  perception figée de la religion, de la grande masse du peuple algérien. Le pouvoir et l’appareil dirigeant du FLN n’ont pas cherché à agir avec conséquence  pour contribuer à faire profondément évoluer, dans la liberté de l’action, ces représentations et ces perceptions idéologiques dominantes. Il se sont satisfaits, pour ainsi dire, de cette situation. Pour maintenir l’exercice du pouvoir, il ont eu recours à la coercition , à la répression de tout mouvement d’opposition à la ligne officielle. Ils ont  recherché et nourri les équilibres claniques et régionalistes qu’ils ont défaits et refaits au fil des évolutions des rapports de forces. Le populisme ne pouvait et ne peut  être source ni de progrès ni de modernité. Il tirait la société vers l’arrière. Il actionnait l’archaïsme rémanent de larges couches sociales  en  instrumentant leur attachement à la langue arabe, à la culture traditionnelle et à l’islam. L’hégémonie populiste ne pouvait libérer le potentiel libérateur porté par la résistance à l’occupant et le transformer en moteur de la construction d’une nation moderne, démocratique fondée sur le travail et aspirant avec conscience au progrès le plus général. La pensée unique nourrit l’autoritarisme et réprime toute velléité démocratique . Elle caporalise et déprave tout mouvement social. Il n’est pas dans notre intention , dans le cadre de cette contribution , d’illustrer l’expression et la pratique de cette pensée unique et d’un tel populisme au cours de ces décennies d’indépendance sous et dans le système de pouvoir en place. Sa marque a imprégné et  imprègne encore douloureusement tous les pans de notre développement économique , social , culturel et politique .

III) Les choix qui ont déterminé notre développement depuis l’indépendance

 

Au lendemain de l’indépendance, l’Algérie comptait 10 millions d’habitants. C’était une terre marquée par huit années d‘une guerre totale. C’était une société désarticulée géographiquement et structurellement :

Ø       par les déplacements imposés par la colonisation dans des camps de regroupement,

Ø       par une masse importante de réfugiés rentrés de Tunisie ,du Maroc et d’ailleurs,

Ø       par les maquis et toute l’organisation mise en place par la lutte de libération nationale,

Ø       par les espaces physiques , économiques , sociaux et culturels évacués par les colons et la population pieds-noirs, etc.

C’était un pays dont l’organisation étatique hybride reposait sur le fond d’organisation étatique légué par la colonisation et sur la superstructure politico-militaire du FLN-ALN et du GPRA reflétant le rapport de forces dominant. Le problème de la nature de l’Etat s’est posé dés le début avec une grande acuité. Rares étaient ceux qui, comme Abane Ramdane , Larbi Ben M’hidi dans le feu de la guerre de libération nationale ou Ahmed Medeghri au lendemain de l’indépendance , essayaient d’aborder en profondeur la problématique de l’Etat algérien indépendant.

 

III .1) la problématique de l’Etat

 

Une nation et un mouvement de libération national  sortis des ténèbres coloniales avec d’immenses espérances, avaient besoin, dans une telle situation, de l’édification d’un Etat moderne fort et d’un pouvoir visionnaire s’appuyant sur tous les ressorts vivants et porteurs de progrès de la société et requérant sans cesse leur légitimation. L’Etat devenant, ainsi , la personnification de la Nation dont il assure les évolutions intégrantes  tirées par la rationalité ,  l’universalité , la modernité et le progrès.

Les tenants des rênes du pouvoir, déjà avant l’indépendance  ont semblé, dans leur compréhension des choses , confondre l’édification de l’Etat national adapté aux conditions de l’époque et à leurs dynamiques d’évolution avec l’édification d’une administration nationale au service de leur logique de quadrillage autoritaire et répressif de la société. Les inflexions dans ce sens  ont commencé à émerger à la surface et à prendre de formes signifiantes et lourdes de conséquences historiques après le congrès de la Soummam et  au cours des processus engagés pour la mise en œuvre de ses décisions dont la plus importante est celle , certes complexe dans un contexte de guerre de libération nationale , se rapportant aux rapports entre le politique et le militaire. L’histoire de l’organisation politico-militaire ,  du Conseil National de la Révolution Algérienne (CNRA) , du Gouvernement Provisoire de La République Algérienne (GPRA ) , de l’Etat-major Général (EMG) et de l’armée des frontières entre autres méritent d’être étudiée , analysée et rapportée à ses incidences dans les rapports de forces qui ont fait éclater le congrès de Tripoli à la veille de l’indépendance et donner la forme de système de pouvoir qui à régi notre pays depuis l’indépendance et qui a donné forme au type d’Etat autoritaire qui n’a pas changé d’essence depuis.

La mise en place de l’Etat algérien indépendant s’est largement et longuement appuyée sur les structures léguées par le colonialisme. Elle s’est inspirée du modèle français  en ce qui concerne les structures administratives et les fondements législatifs qui « ne heurtent pas la souveraineté nationale » . Elle ne procédait pas d’une volonté de rupture radicale avec les symboliques et les représentations archaïques ambiantes. Elle ne pouvait découler aussi d’une dynamique d’intégration nationale et de fécondation culturelle procédant de la rationalité et traversant toute la société.

La modernisation d’une société par son Etat ne peut être qu’un processus, certes complexe et long, de rationalisation systématique, délibéré et conséquent découlant d’une vision et d’un sens des perspectives historiques modernes du pays. Un tel processus ne peut être initié et conduit, dans son cheminement, que par de véritables bâtisseurs d’Etat appuyés et légitimés en permanence par toutes les composantes du peuple. De tels bâtisseurs d’Etat existaient certes dans le mouvement national et ne pouvaient qu’être le reflet de la nation en mouvement .Ils étaient cependant réprimés par les visions populistes et hégémoniques dominantes .

La symbolique de la modernisation a été manipulée et dévoyée dans notre pays. Une démarche conséquente de construction de l’Etat moderne dont avait besoin un pays comme le nôtre aurait supposé, par exemple, une prise en main vigoureuse et appropriée, dans leurs orientations et dans leur traitement, des problèmes et des solutions des questions linguistiques, culturelles et religieuses.

L’édification de l’Etat doit être intimement liée à la validation de la nation et à sa projection dans les champs des  perspectives historiques de cette dernière en agissant sur les facteurs objectifs et subjectifs que véhicule le passé et en définissant et mettant en oeuvre les stratégies politiques, économiques, sociales et culturelles capables de moduler favorablement les valeurs dominantes dans le sens de la rationalité et de l’universalité. C’est ainsi que  se créent et se forgent l’identité nationale, les repères et les symboliques de progrès qui s’intègrent dans le cheminement historique de la nation et le forge en même temps.

Une telle démarche doit reposer sur des politiques économiques, d’éducation et culturelles qui valorisent le travail, rationalisent et sécularisent les rapports sociaux et conscientisent la liberté. L’édification de l’Etat véritablement national suppose l’existence et le respect de la liberté individuelle et collective de même que de la pratique démocratique.

C’est ainsi que l’Etat, par l’action visionnaire du pouvoir qui le dirige, l’anime et le module, construit la nation , met en mouvement les flux objectifs et subjectifs qui doivent l’irriguer pour lui donner la vie, assurer son avancée dans le sens des perspectives historiques tout en veillant à assurer en permanence sa stabilité. La stabilité de la nation ne peut être statique. Elle est dynamique comme la vie des différentes forces sociales qui la composent et de leurs rapports ,comme l’évolution de ses environnements. Une telle stabilité relève des fonctions de régulation de l’Etat.

Les faits montrent à l’évidence que l’Etat algérien actuel est le produit de démarches hétérogènes. Celles-ci portent la marque d’un volontarisme actionné par un autoritarisme populiste livrant les ressorts essentiels du développement de l’Etat, de la nation et de la société aux impératifs de l’exercice du pouvoir et des équilibres de types régionalistes, claniques, familiaux et  parfois de caractère „mafieux“  assurant sa pérennité.

Notre Etat n’a pas changé de caractère , quant au fond , depuis l’indépendance, et ce malgré les colmatages et saupoudrages présentés , au fil des décennies , comme devant fonder et renforcer la démocratie et le pluralisme. La représentativité  « populaire » locale , régionale ou nationale ou même au niveau des corporations les plus diverses ou des associations à caractère sociales ou culturelle , procède  , chez nous aujourd’hui , grandement de l’illusion.

 

III.2) Les choix de développement

Il est vrai que les 25 années qui ont suivi l’indépendance étaient fortement influencées par les expériences des pays socialistes et les théories tiers-mondistes. Le développement économique mis en oeuvre s’en est pratiquement mécaniquement inspiré. Déclarant l’Etat entrepreneur général, l’Algérie a été engagée  , dés la fin des années 60 et particulièrement au cours de la décennie 70, dans une grande épopée de construction de plates-formes  industrielles et d’infrastructures, de projets de formation etc. . Une telle épopée visait, selon ses initiateurs, deux objectifs :

 

a)     le développement et l’intégration de la base économique , sociale et culturelle du pays,

b)     le développement du marché intérieur.

 

Cette action  a fait agir principalement deux facteurs:

 

a)     les richesses en devises disponibles ou potentielles générées par les hydrocarbures ,

b)     le savoir-faire étranger (projets clés en main, projets produits en main etc.).

C’est durant cette période que les meilleurs performances  économiques ont été enregistrées :

 

Ø       croissance rapide du produit réel de 7% l’an en moyenne

Ø       croissance de la consommation réelle par habitant de 4,5% l’an

Ø       réduction du taux de chômage qui passe de 32,7% en 1966 à 22,3% en 1977

Ø       la part du secteur public dans le PIB est passée de 34,07% en 1969 à 65,42% en 1978.

Ø       La consommation des ménages ,elle, s’est multipliée (à prix courants) par quatre passant de 12.0411 à 47.802 millions de dinars.

Ø       L’investissement total, en prix courants ,a été multiplié par 15 de 1969 à 1978.Il a parfois représenté plus de 50% de la PIB.

Ø       Le taux d’investissement moyen de la période était de 45,71%.

Mais de tels résultats ,positifs et encourageants, relevaient , en quelque sorte , d’une démarche administrative de dépense, pour ainsi dire sèche, de la rente pétrolière. En effet , les conditions du développement de nos avantages comparatifs et concurrentiels par rapport au marché extérieur procédaient de l’aléatoire et d’une planification des ordres de priorité du développement national sans rapport approprié et stratégiquement défini avec les terrifiantes pressions de l’environnement international économique et politique . Les avantages comparatifs et concurrentiels qui résistent au temps et aux emballements et aux complexités des marchés sont ceux qui découlent en premier lieu, pour un Etat nation comme le nôtre, du développement de notre génie national, c’est à dire de nos propres capacités  de travail, de production , d’innovation et de création .   Il ne peut être question ici de dévaloriser l’engagement exemplaire et le savoir-faire accumulé de la plupart de nos cadres , à tous les niveaux , et de nos travailleurs. Cependant la construction d’un système productif est vouée à l’échec si  le management général de ce dernier n’est pas en mesure d’en tirer, avec efficience , les gains nécessaires à sa reproduction , son développement et à sa modulation en fonction des évolutions des marchés intérieur et surtout extérieur. Le capital , c’est à dire la capacité financière d’investir , n’est qu’un des facteurs et non le plus déterminant du système productif . Le procès  technologique ,son choix approprié et sa maîtrise de même que les capacités globales et sectorielles de management forment avec le capital, dans leurs relations interactives, le système asservi de toute entreprise et de tout système productif, matériel ou intellectuel, dont dépendent les résultats finaux de production et d’occupation des segments de marché ciblés. Capital , procès technologique et capacités de management représentent de même que leurs interrelations des facteurs complexes ,exigeant pour demeurer productifs et attractifs pour le consommateur et le marché des mises à niveau adéquates permanentes. L’édification d’une base industrielle moderne est certes ,à notre époque , une nécessité de première importance. Cependant cette base industrielle ne peut gagner une viabilité durable et acquérir la capacité d’intégration économique et sociale requise que si elle est adaptée avec bonheur au système productif globale de la nation . Nous mesurons avec amertume aujourd’hui ce qu’il est advenu, par exemple,  des théories sur le transfert de technologie que nous ont rabâché, à coup de millions voire de milliards de dollars, les multinationales et les experts internationaux en  management et en économie et stratégies industrielles.

Cette période des vingt-cinq années après l’indépendance , a été aussi marquée , sur le plan politique , par un pouvoir autoritaire exercé par le président Boumediene, chef d’état-major de l’ALN et chef de l’ANP. Un tel pouvoir , de par sa nature , a exclu pratiquement la politique , c’est à dire la pratique de l’exercice du pouvoir au sens large , du champ social et a voulu imposer administrativement , par la coercition , ses visions et ses pratiques politiques qu’il considérait comme nationalistes , révolutionnaires et sociales. Il n’est pas possible, dans le cadre de ces réflexions, de développer et d’analyser l’ensemble des axes qui ont été mis en oeuvre par un tel pouvoir. Il est peut-être utile de faire ressortir les points suivants qui jette une lumière de plus ,à notre sens , sur les racines de nôtre crise actuelle:

a) entre 1967 et 1987, la population active passe de 2.300.000 à environ 5 millions. La population active occupée, elle, passe de 1.700.000 à 4 millions soit une croissance annuelle de 7% sur vingt ans. Cette croissance s’est faite massivement dans les activités non agricoles, principalement l’industrie. La part de l’agriculture dans l’emploi était de 49% en 1969. Elle est passée à un peu moins de 26% en 1986.

 

b) L’industrialisation a accéléré l’exode rural commencé au lendemain de l’indépendance. Les jeunes en particulier, se sont dirigés massivement vers les nouvelles zones industrielles aspirant à la stabilité du salariat, aux services et commodités offerts par les grandes agglomérations. L’accroissement annuel des effectifs urbains était de 4,8% entre 1967 et 1987. Les centres urbains représentent en 1987 49% de la population contre 40,4 en 1977 et 19% en 1954.

Ainsi le constat ,lourd de conséquences qui s’impose , est que 90% de la population se pressent sur la bande côtière.

Pour „lutter“ contre les disparités régionales et éviter l’asphyxie de la bande côtière le pouvoir a successivement :

 

Ø       lancé la construction des  1000 villages dits socialistes

Ø       modifié, par deux fois le découpage administratif pour „rapprocher l’Etat du citoyen“ et mettre à sa disposition les services réclamés( banques, postes, centre de santé) ,

Ø       multiplié les liaisons routières et aériennes.

 

Le nombre d’agglomérations de plus de 20.000 habitants passe ainsi, durant la période , de 74 à 115, soit un accroissement de 41%, celui des agglomérations de plus de 100.000 habitants passe de 8 à 16 soit le double.

 

c) En 1987, 90% des enfants en âge scolaire sont scolarisés. Si en 1963-64, 1.039.435 enfants sont scolarisés dans l’enseignement primaire et moyen, c’est 4.500.000 qui le sont à la rentrée 1987-88 avec pour cette nouvelle année 700.000 nouveaux inscrits en première année de l’école fondamentale(9 ans de scolarité obligatoire et gratuite).

 

Les indications qui précèdent mettent en évidence l’immensité des réalisations et traduisent l’énormité des tâches à faire porter par l’Etat et par la nation . Ces réalisations colossales gardaient, tout de même, un caractère quantitatif et matériel. Elles ne pouvaient relever d’un développement sociétal intégré. Elles devaient, pour cela, être guidées d’une part par un Etat correspondant au caractère moderne de ces facteurs de développement que sont l’industrialisation , l’urbanisation ,la démocratisation de la formation etc. et d’autre part accompagnées par les facteurs politiques , sociaux et culturels qui forgent la citoyenneté et édifie la société civile .

 

A suivre….

Date de dérnière mise à jour :2006-05-29
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