Compte rendu de la Rencontre de Mostaganem
25 mai 2006 au siège de l’UNPEF.
Objectifs de la rencontre
La rencontre de Mostaganem ayant regroupé une trentaine de personnes d’horizons divers, avait un double objectif :
n Constitution du Collectif d’Organisation et d’animation de la Wilaya de Mostaganem
n Création du Collectif Régional Ouest de la jeunesse (CROJ ).
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La rencontre s’est déroulée en deux temps, le premier consacré à la constitution du CLOA de Mostaganem et le second à la création du Collectif jeunes de la région Ouest.
Il faut entendre ce compte rendu comme une restitution personnelle des débats riches qui se sont déroulés au siège de l’UNPEF, l’un des syndicats autonomes de la wilaya
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Seront abordés les points suivants :
n La participation
n Interrogations
n Grandes lignes d’un programme d’action
1 – La participation
Elle fut diversifiée ; puisque mouvement associatif et mouvement syndical y furent représentés ainsi que de simples citoyens venus faire entendre leur voix, qu’ils soient de l’université, travailleurs ou cadres d’entreprises.
Plusieurs villes y furent représentées : Relizane, Sidi Bel Abbés, Bechar, Oran, Sougueur et Tiaret.
Quatre jeunes et deux femmes : effectif réduit qui continue à être le point faible de la composante de ces rencontres.
C’est là une indication précieuse concernant le travail à effectuer pour les années à venir.
2 – Les Interrogations
Comme lors des précédentes rencontres, les mêmes interrogations s’exprimèrent, tout au long du débat :
n Le FSA c’est quoi ?
n Le FSA c’est qui ?
n Le FSA : pourquoi et à quoi cela sert-il ?
n Le FSA : c’est quelle organisation ?
n et comment cela fonctionne-t-il ?
Il est évident que ce n’est pas au cours d’une seule et première rencontre, où la volonté et le besoin de débattre furent plus forts, que l’on peut, à moins d’être déjà initié aux arcanes de l’Altermondialisme, à cette nouvelle forme de compréhension du monde et de son ordonnancement.
Persistance des schémas anciens
Il est perceptible, au travers des interventions, combien les schémas anciens ou actuels sont toujours présents et persistants. Ils enferment les représentations des uns et des autres, dans un formatage laissant bien peu de place à la pensée libre, par rapport aux systèmes de pensée dominants.
C’est ce qui fait que le mode d’organisation vertical et hiérarchisé continue à saturer les esprits au point d’empêcher la compréhension de tout autre schéma, notamment, l’horizontal.
Il est tout aussi évident que ce ne sont pas les exposés ou les synthèses intégrées au débat – expression d’un point de vue dominant puisque ne retenant que ce qui nous semble le plus pertinent – qui vont permettre une meilleure compréhension de la culture altermondialiste. C’est la pratique qui viendra compléter les premières perceptions.
Le FSA n’est pas une organisation
Comprendre d’emblée que le FSA n’est pas une organisation mais un simple espace de rencontre dont le but est de comprendre une situation au travers d’échanges diversifiés et, sur cette base, de construire des alternatives servant à interpeller les décideurs, est loin d’être chose aisée à accepter ; pour qui a passé toute sa vie, de la cellule familiale au milieu de travail en passant par l’école, à vivre et subir des formes d’organisation fondées sur la dominance des chefs et de la hiérarchie.
D’autant, que lorsqu’il s’agit de lutter pour un nouvel ordre du monde, de son pays, de sa ville ou de son quartier, il est difficile d’admettre que la flexibilité d’un espace, tel que le forum social, puisse garantir l’indispensable efficacité de l’action organisée.
Ca sert à quoi ?
D’abord à provoquer la rencontre de Hamada et de Mabrouk venus de Bechar et de Belgat Saci, professeur de l’Université de Mostaganem, ou de Dahmani Tayeb, artiste de Tiaret, avec Ali Kraouzen, jeune étudiant, animateur de l’Université Populaire de la Citoyenneté d’Oran, ou un cheminot, comme Baghdadi M’Hamed, syndicaliste de la SNTF/UGTA et Nadajl Benhafsa Mohamed, enseignant appartenant à l’UNPEF, syndicat autonome d’enseignants.
Et, pour ne citer que ces deux derniers cas, de trouver les voies de la solidarité dans l’action, susceptible d’être construite ensemble.
Cela sert à voir un Collectif jeunes de la région ouest, se créer grâce à l’action conjuguée de Sabria de Tiaret, Ali d’Oran, Mehdi de Sougueur et Ali et Adlane de Mostaganem.
Cela sert à voir l’Université Populaire de la Citoyenneté d’Oran donner l’exemple et susciter la création de l’UPC de Mostaganem, autour d’un Collectif où le professeur Belgat va joindre ses efforts à ceux d’Ali et Adlane, deux étudiants en médecine, pour créer un rassemblement d’étudiants, et les intéresser aux idées et à la culture altermondialistes.
Cela sert aussi à reconnaître que la citoyenneté, c’est l’accent mis sur la responsabilité de chaque citoyen. Et que le mot d’ordre du FSA « Pas de chefs, Tous Responsables » recouvre une réalité nouvelle ; là où se joue l’engagement de chacun face aux problèmes de la cité et du monde.
Que la démobilisation et l’abdication s’installent là où commencent les reculs de chacun d’entre nous, et que la résistance se lève au coeur de chaque individu pour gagner des milliers de coeurs.
Le FSA c’est qui ?
Parce que, comme l’a dit Hamid, cadre d’Algérie Télécom, le FSA ce sont tous les damnés de la terre, soit 80% de la population de chaque peuple ; et que les autres 20 %, font partie des nantis et/ou de l’ordre dominant n’ayant jamais appris à partager ou si peu.
On ne pouvait imaginer réponse plus juste et collant mieux au réel que cette perception simple des choses, à la question !: « Le forum social c’est qui ? ».
3 – Les grandes lignes d’un programme d’action
Le débat a fait surgir les grands axes du programme d’action du Forum Social de la wilaya de Mostaganem.
Finalité
Comment faire naître les forces sociales sans lesquelles tout changement serait tout aussi illusoire qu’impossible ?
Valeurs
Un programme qui tiendrait compte de la mutation du système de valeurs au sein duquel les valeurs matérielles tiennent une place de plus de plus grande ;
et semble battre en brèche les valeurs sur lesquelles l’Algérie résistante et combattante s’est fondée : solidarité, engagement, égalité, justice sociale et respect des droits et libertés élémentaires.
Comment faire de la lutte contre la hogra, par exemple, le levier des nouvelles forces ?
Comment s’organiser de telle sorte que les émeutes ne soient plus l’expression violente et temporaire de cette hogra ?
Mais une volonté citoyenne capable de conduire aux changements durables, que tout un pays attend, souhaite et veut faire advenir, grâce à une jeunesse pas si démobilisée qu’elle semble le paraître ?
La formation
Il est apparu que l’accent devrait mis, de manière prioritaire, sur la formation des jeunes.
Dans cette perspective, l’Université Populaire de la Citoyenneté semble constituer l’une des premières réponses, l’une des matrices, qu’il convient d’explorer avant d’en étendre la généralisation.
Comme cela a déjà été dit, l’UPC d’Oran qui n’en est qu’à ses balbutiements, devra concerner un environnement plus large que celui visé à l’origine. Elle aura à s’ouvrir à la société et se nourrir des courants qui la traversent ; et non se replier sur elle même et vivre en marge de la société.
C’est grâce à cette osmose que l’on découvrira comment intéresser les jeunes et répondre de manière concrète à leurs attentes et à leurs besoins.
La communication
Prolongement naturel de la formation, la communication est apparue comme l’un des vecteurs fondamentaux capables de véhiculer la volonté de changement que la société exprime sous diverses formes ; jusque et y compris les formes les plus négatives : le suicide, l’alcoolisme, la délinquance ou la drogue.
La communication doit fournir à la parole sociale les canaux et les espaces propres à son expression libre et positive : permettre à chacune et chacun de prendre parole et d’écouter les autres, afin de construire ensemble le changement.
Faire naître et rendre de plus en plus visible ce qui sourd dans les veines et le corps de la société, pour la faire enfanter des solutions de l’avenir.
L’organisation
De nouvelles formes d’organisation sont à inventer.
Quelle voies emprunter entre la verticalité, la hiérarchie, la centralité et les exigences de la démocratie, de la liberté d’expression et de l’organisation horizontale ?
L’informatique et l’Internet, moteurs de la révolution de la communication, dessinent déjà les traits du monde de demain. Comment les utiliser pour créer de nouvelles formes d’action et d’organisation ?
Les futurologues qui nous parlent de scénarii du futur, ont inventé une science nouvelle : la rétro prospective, consistant « à construire un scénario du futur pour mieux trier dans le présent les faits porteurs de cet avenir. »
Nous devons au même auteur, Joël de Rosnay, une nouvelle typologie des organisations ayant pour fondement la cybernétique et la théorie du chaos. Cette théorie, opérationnelle en physique, s’applique aussi aux systèmes biologiques, aux sociétés animales et humaines.
Qu’il suffise simplement de rappeler que :
- Au régime autoritaire correspond « l’ordre structuré et sclérosé, la rigidité statique. », la verticalité et l’étouffement des droits et libertés de la personne ;
- A l’anarchie, les turbulences et le désordre total, non générateurs d’organisation, l’absence de règles de fonctionnement devant s’imposer à tous, ainsi que la primauté des actions individuelles sur les comportements collectifs intelligents.
- A la démocratie, qui se situe « Entre les deux, comme dans une transition de phase, à la limite de l’ordre parfait et de l’anarchie totale : la fluidité, l’adaptabilité, l’autorganisation des formes, structures et fonctions qui naissent et meurent dans un perpétuel renouvellent. »
- La démocratie, c’est « la forme d’organisation sociétale capable de catalyser un accroissement de complexité tout en favorisant responsabilité citoyenne et l’action individuelle ».
- « Le rôle d’un gouvernement démocratique est de maintenir le système sociétal dans cette étroite phase de transition, entre anarchie et excès d’ordre, afin de favoriser la créativité, l’innovation sociale, l’évolution complexifiante, l’autorganisation et la cogestion. »
Pour terminer, tous les participants ont semblé s’accorder sur la nécessité de s’organiser, pour plus d’efficacité dans l’action.
Mais sans oublier les objectifs que nous poursuivons, dans un Forum tel que le FSA : rien d’autre qu’un lieu de fusion et de cristallisation de multiples entités, organisations et énergies individuelles et collectives, toutes branchées sur le changement et l’émergence d’un monde nouveau.
Un autre monde, plus juste, plus égalitaire, plus libre et plus démocratique ; où les droits économiques, sociaux et culturels seraient respectés et non sacrifiés comme l’imposent l’impitoyable logique des multinationales et l’impérialisme qui lui sert de rempart.
Organisation et action
L’organisation n’est pas une fin en soi, mais le moyen de réaliser le programme d’action dont se dote le Forum Social. L’organisation véritable se réalise grâce aux actions, initiatives et projets communs que les associations, syndicats et personnes ont choisi de mener à bien ensemble, depuis la conception à l’évaluation finale.
Les décisions
Le Collectif d’Organisation et d’Animation de la Wilaya de Mostaganem est constitué par tous les participants. Il sera animé par un Noyau de quatre membres : Refas Kouider, Abdallah, Benhallou Sid Ahmed et Ali Bouteldja.
Le Collectif Jeunes de la Région Ouest est composé par : Abed Sabria de Tiaret, Ketfi Mehdi de Sougueur, Ali Kraouzen d’Oran, Ali Bouteldja et Adlane de Mostaganem.
Le Collectif se réunira au cours de la semaine prochaine en vue de la préparation du Camp de la Jeunesse Maghrébine.
Et aussi, du Premier Forum Social Algérien
du 13 au 15 décembre 2006.
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