Les parlementaires de demain dans la perspective de la révision constitutionnelle
Le pouvoir réel de contrôle se mérite
par H.R
paru dans le Jeune Indépendant du 13.06.2006
Nombre d’observateurs du moment ne s’interdisent pas de s’offusquer sur la première mouture du rapport sur la révision constitutionnelle proposée par le FLN, en s’indignant beaucoup plus sur certains détails qualifiés d’anti-démocratiques, alors qu’on est toujours au stade des propositions, tout en occultant d’autres volets non moins importants, voire cruciaux.
Or, les rédacteurs du rapport ont clairement affiché leurs soucis d’être cohérent dans la recherche d’un équilibre des pouvoirs dans le régime présidentiel recherché derrière la révision. L’aspect contrôle de l’exécutif avec de larges prérogatives offertes aux parlementaires devrait, en principe, soulever un débat favorable au sein des partis politiques, ces derniers étant l’émanation des futurs élus de la nation, eux-mêmes émanation de la volonté populaire.
Une batterie de mesures accrédite cette assertion, qui va de l’obligation au président de la République d’adresser un discours à la nation derrière le perchoir des deux assemblées réunies au pouvoir de destituer des ministres, un ou plusieurs, en passant par la possibilité de donner son avis sur des nominations à des postes supérieurs.
Il s’agit d’une véritable réhabilitation du rôle démocratique du Parlement, de l’exercice de ses pouvoirs, pas seulement législatifs, mais aussi de son contrôle du gouvernement, de la gestion des deniers publics ou d’un programme sectoriel.
En fait, cela suppose, si ces propositions seront retenues, l’obligation, dès aujourd’hui, pour les partis politiques de se doter de cadres militants, honnêtes, compétents et crédibles, d’hommes capables de donner une «âme» à la vie parlementaire.
Car tout le monde sait que la majorité des députés actuels ne sont l’émanation ni de primaires au niveau de la base des partis politiques, ni de vote interne. La plupart, pour ne reprendre que l’exemple du parti FLN, sont devenus têtes de liste pour plusieurs raisons, qui pour avoir ramené la «chkara» et financé les campagnes législatives au niveau des wilayas, qui pour son carriérisme au sein des appareils, qui pour son clientélisme et sa fidèle proximité avec les chefs de l’époque.
Certains ont été imposés même par la haute administration pour des considérations tribales, claniques. D’autres diront par le «pouvoir occulte». Il n’a jamais été question au sein des partis politiques de définir un authentique statut de l’élu, celui qui ne change pas de veste au cours d’un mandat, celui qui n’oublie pas les «citoyens» qui l’ont mandaté, celui qui se tait et qui s’absente en se contentant de gérer ses affaires personnelles avec l’immunité en cadeau.
Car la réhabilitation du rôle du député exige avant tout celle du choix des candidats au niveau des partis en créant de nouveaux mécanismes démocratiques qui empêcheraient un président de parti d’avoir la seule prérogative royale de désigner ses poulains fidèles sans consulter qui que soit au sein des instances.
On sait que la pratique est devenue une véritable tradition dans nos formations politiques, mêmes celles qui font dans la réclame démocratico-républicaine. Le réflexe de nos «zaïms» partisans a toujours privilégié la fidélité à la technicité.
Il est bien beau de jeter l’anathème sur les autres institutions de l’Etat, oubliant souvent que les grandes tares de notre démocratie viennent de nos propres partis politiques, qui relèguent le débat démocratique et l’expression libre dans les cafés publics et l’interdisent au sein de leurs instances.
Selon eux, il s’agit d’une discipline partisane incompatible avec la stature d’un parti et de son chef. Alors, qui a peur des élus de demain, le FLN ou les porte-parole des pouvoirs de l’ombre ? H. R. |