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L�impasse politique par Ali Bahmane

 

L’impasse politique

Comme la politique a perdu tout son sens, rien ne signale que dans quelques semaines les Algériens seront appelés à choisir de nouveaux élus locaux. Et pourtant un maire, c’est important dans une Algérie hyper-centralisée pour une population qui manque de tout.

La plupart des partis sont aujourd’hui réduits à bricoler des listes, confrontés à une pénurie de candidats qu’explique le peu d’engouement pour la fonction d’élu local, à la différence du statut en or de député qui a fait courir beaucoup de monde. Rien, ou presque, ne motive dans les APC depuis que la gestion du foncier a été retirée à cette institution réduite à ne gérer que « des problèmes ». N’ayant pas jugé utile de réformer en profondeur la commune et de soumettre à débat public le rôle de cette structure dans l’Algérie de demain, les pouvoirs publics participent à ouvrir la voie à la reconduction des anciennes pratiques au sein des APC et des APW. Dès lors, pourquoi les citoyens iraient-ils voter ? Le boycott risque de frapper de nouveau et si cela arrivait, 2007 sera l’année de la sanction populaire du régime. Ne tirant aucune leçon de l’onde de choc du 17 avril, ce dernier a continué à gérer le pays avec les mêmes réflexes, désastreux pour la politique et l’économie. Les organismes internationaux ont classé l’Algérie dans le lot des bons derniers en matière de sécurité, de climat des affaires et de corruption, et les constats internes sont eux aussi accablants : taux extrêmement élevé de chômage, effondrement de la classe moyenne, extension de la paupérisation, importance du taux de mortalité infantile, chute de l’appareil productif national...

En matière sécuritaire, la lutte antiterroriste n’arrive pas à faire un saut qualitatif, tant qu’elle est freinée par les concessions à l’islamisme politique et aux impasses créées par la réconciliation nationale. Le sort réservé à Hassan Hattab, fondateur du GSPC et commanditaire de centaines d’assassinats, en est l’illustration parfaite.

Sept années n’ont pas été mises à profit par le pouvoir pour engager des réformes structurelles intensives alors même qu’une conjoncture mondiale exceptionnelle a mis à sa disposition de considérables disponibilités financières tirées des exportations d’hydrocarbures. Cette incapacité, deux raisons l’expliquent. La première est liée à la nature du système politique. Imposée début 90 dans le sillage de la révolte d’Octobre 88, l’entrée dans le multipartisme et l’ouverture économique ne se sont pas faits sur le cadavre du parti unique , doctrine de glaciation des décennies 60 à 80.

Les réformes engagées au départ n’ont pu être conduites à terme ou ont fini par être dévoyées. Les responsables politiques ont reconduit les réflexes et les modes de pensée anciens : régionalisme, cooptation, clanisme, répression de la contestation sur fond d’incessantes luttes d’appareils.

La seconde cause est liée à la personnalité du président de la République. Imposé puis plébiscité, il ne dispose pas de projet réformateur de grande ambition pour le pays. Il est allergique aux grands bouleversements structurels susceptibles de réhabiliter la politique, moderniser le corps social et repenser les rapports entre l’Etat et la société. Il se limite à injecter une part de l’argent du pétrole dans divers projets de réhabilitation des équipements et des infrastructures sans pour autant permettre l’émergence d’une économie productive, créatrice d’emplois et de richesses. Hostile à l’émergence de vrais contre-pouvoirs, il a développé un hyper présidentialisme qui a fini par fonctionner pour lui-même, déconnecté d’une société en pleine ébullition poussée à puiser dans ses ressources propres les moyens de sa survie. Les acteurs sociaux sont contraints, la plupart du temps, à des épreuves de force.

Longtemps ce furent les partis de l’opposition démocratique et les médias indépendants. Ces derniers temps, ce sont les syndicats autonomes à monter au créneau pour dénoncer la grille des salaires concoctée en haut lieu avec le syndicat maison l’UGTA. Révoltés par l’exclusion dont ils ont fait l’objet et inquiets du contenu du nouveau système salarial, les syndicats autonomes se sont regroupés en confédération afin de peser lourd et faire entendre leur voix. Le premier réflexe du gouvernement a été de leur fermer la porte du dialogue alors qu’ils étaient porteurs de légitimité, de raison et de justice. Le second a été la création au pied levé d’un syndicat affilié à l’UGTA au sein de l’université afin de casser un des syndicats autonomes les plus combatifs, le CNES. Il démontre ainsi une nouvelle fois son incapacité à s’ouvrir au monde réel et écouter ses acteurs et ses relais : il s’enfonce dans sa propre logique faite de soliloque et de mépris.

Ali Bahmane

 
  Paru le : 09-10-2007 Auteur : | Source :

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