Société civile et transition démocratique en débat à la Fondation Friedrich Ebert :
La fermeture des espaces démocratiques est bénéfique au pouvoir et aux extrémistes
par Halim Mouhou
Le verrouillage des espaces démocratiques exercé par le pouvoir algérien ne peut que pousser les élites à se renfermer encore plus sur elles-mêmes et laisser ainsi le champ libre devant le régime et les islamistes, ont averti avant-hier des participants à une conférence débat autour de la société civile en Algérie.
Le rôle de la société civile algérienne ou le rôle qui devra être le sien dans le processus de libéralisation politique du pays a été, avant-hier, au centre des débats de la troisième soirée de ramadan organisée par la fondation Friedrich Ebert en son siège à Alger.
En l’absence du chercheur libanais M. Ziad Madjed qui devait animer cette soirée conjointement avec M. Mahmoud Belhimer, celui-ci s’est retrouvé seul à la tribune pour traiter de cette épineuse question. M. Belhimer a fait un rappel historique succinct sur les causes de la situation politique actuelle du pays.
Il a expliqué que «la notion de société civile renvoie à l’autonomie des acteurs sociaux et économiques par rapport à l’autorité politique. Et là, le rédacteur en chef du quotidien arabophone El-Khabar n’a pas caché sa déception vis-à-vis des acteurs de la société civile, «y compris la presse dont je fais partie», a-t-il dit, pour ne pas avoir joué le rôle qui devait être le sien dans l’accompagnement de la mutation politique du pays menée, a-t-il encore relevé, «brutalement et dans la précipitation après les événements d’octobre 1988.
Car, selon lui, «le pouvoir a pu contrôler et contenir les mouvements existant déjà avant 1988, alors que ces derniers étaient capables d’imposer leurs idées et ne pas laisser le pouvoir décider tout seul». Même s’il reconnaît que «le changement ne se construit pas sur du néant», le conférencier estime que la crise provient de ce que l’ordre social actuel s’est construit dans l’anarchie, dans le rapport de force et dans la brutalité.
La menace du FIS qui voulait exploiter la situation pour accéder au pouvoir, la crise économique ou même l’immaturité du peuple ont été, selon M. Belhimer, «parmi les principaux prétextes avancés par le pouvoir pour asseoir encore mieux son hégémonie sur la société».
Cela même si ce pouvoir a ouvert quelques espaces qu’il s’efforcera toutefois de contrôler d’une façon infaillible. «Le pouvoir se présente, y compris dans la croyance des citoyens et des acteurs sociaux, comme étant le principal acteur de la vie politique du pays», a-t-il dit expliquant qu’en Algérie «il y a une attitude paternaliste consistant à dire que le pouvoir est le seul capable, le seul sachant ce qui est bien pour le pays et le peuple».
Et quand on arrive à une telle situation d’hégémonie, «les associations et les acteurs de la société civile sont soumis et incapables de formuler des propositions ni a former de nouvelles élites». Une situation encouragée par la nature rentière de l’économie nationale.
M. Belhimer citera entre autres exemples celui de l’alliance présidentielle «stérile, dominante et qui élimine toute sorte de concurrence». Dans le registre des symboles de l’échec de la transformation démocratique du pays, M. Belhimer a regretté le fait que «l’Algérie ne dispose pas encore actuellement d’un plan national de développement», avec tout ce que cela charrie comme faiblesse du pouvoir d’achat et de chômage.
Selon lui, «il est impossible de réussir la transition démocratique dans un contexte marqué par le terrorisme, la répression et la corruption». Au chapitre des solutions, le conférencier comme les intervenants lors des débats ont été unanimes à appeler à «ouvrir et libérer des espaces démocratiques».
Car, ont-il averti, «la fermeture des espaces démocratiques ne peut que pousser les élites à se renfermer sur elles-mêmes laissant libre cours aux islamistes et au régime incarné par le pouvoir». «On ne peut pas construire une société civile sous la menaces», a tonné M. Belhimer.
Il relève que «la société et l’Etat ont vaincu le terrorisme mais l’intégrisme et l’extrémisme sont toujours là», relevant que jusqu’en 1999, «la société algérienne était prête à accepter d’autres alternatives autres que celles des extrémistes et du pouvoir».
Mais M. Belhimer n’est pas trop optimiste, toutes les conditions qui avaient présidé à ce qui était arrivé en 1991 sont aujourd’hui là : extrémisme, misère sociale et fermeture des horizons. Et quand on sait que les mêmes causes produisent les mêmes effets, on ne peut que partager les inquiétudes de M. Belhimer.
H. M.